Poèmes de l’Amour, 1924
XXXII. « Quand tu me plaisais tant que j’en pouvais mourir »
Quand tu me plaisais tant‖ que j’en pouvais mourir,Quand je mettais l’ardeur‖ et la paix sous ton toit,Quand je riais sans joie‖ et souffrais sans gémir,Afin d’être un climat‖ constant autour de toi ;
Quand ma calme, obstinée‖ et fière déraisonTe confondait avec‖ le puissant univers,Si bien que mon esprit‖ te voyait sombre ou clairSelon les ciels d’azur‖ ou les froides saisons,
Je pressentais déjà‖ qu’il me faudrait guérirDu choix suave et dur‖ de ton être sans feu,J’attendais cet instant‖ où l’on voit dépérirL’enchantement sacré‖ d’avoir eu ce qu’on veut :
Instant éblouissant‖ et qui vaut d’expier,Où, rusé, résolu,‖ puissant, ingénieux,L’invincible désir‖ s’empare des beaux pieds,Et comme un thyrse en fleur‖ s’enroule jusqu’aux yeux !
Peut-être ton esprit‖ à mon âme liéSe plaisait-il parmi‖ nos contraintes sans fin,Tu n’avais pas ma soif,‖ tu n’avais pas ma faim,Mais moi, je travaillais‖ au désir d’oublier !
— Certes tu garderas‖ de m’avoir fait rêverUn prestige divin‖ qui hantera ton cœur,Mais moi, l’esprit toujours‖ par l’ardeur soulevé,Et qu’aurait fait souffrir‖ même un constant bonheur,
Je ne cesserai pas‖ de contempler sur toi,Qui me fus imposant‖ plus qu’un temple et qu’un dieu,L’arbitraire déclin‖ du soleil de tes yeuxEt la cessation‖ paisible de ma foi !
Versification
- Forme
- 7 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 4(abab) 3(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a mourir / gémir masculine, classiqueb toit / toi masculine, non classiquea déraison / saisons masculine, non classiqueb univers / clair masculine, non classiquea guérir / dépérir masculine, classiqueb feu / veut masculine, non classiquea d’expier / pieds masculine, non classiqueb ingénieux / yeux masculine, classiquea lié / d’oublier masculine, non classiqueb fin / faim masculine, classiquea rêver / soulevé masculine, non classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea toi / foi masculine, classiqueb dieu / yeux masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 2.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes de l’Amour, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1924· numérisation wikisource.org· Sources