Poèmes de l’Amour, 1924
CXIV. « Tu as ta force, j’ai ma ruse »
Tu as ta force, j’ai ma ruse ;Ta force est d’être ce que j’aime,Elle est dans ta faiblesse même.— Mais parfois mon instinct plaintifÉcoute d’un cœur attentifMa passion pour toi qui s’use.
Tu ne peux t’en douter, sachantQu’on n’épuise jamais mon âme,Tu n’entends pas mon secret blâme,Ni ce léger chant triomphantD’une ardeur que le temps entame.Tu restes calme et confiant.
— Mais moi, épiant ma détresse,Je perçois jusqu’au battementPlus délicat de mon ivresse ;Je goûte, — lourde et sans tourment, —Une consolante paresse.
— Ah ! si je pouvais oublierCes instants courts, rares, extrêmes,Où, mes doigts à tes bras liés,Je poursuis en ton cœur pilléJe ne sais quel plus pur moi-même,
Je déferais mon cœur du tien,Et, recouvrant mon amplitude,J’irais vers cette solitudeEn qui tout être m’appartient !…
Versification
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a ruse / s’use féminine, non classiqueb j’aime / même féminine, classiquec plaintif / attentif masculine, classiquea sachant / triomphant masculine, classiqueb âme / blâme / entame féminine, classiquec confiant / battement / tourment masculine, classiquea détresse / ivresse / paresse féminine, classiquea oublier / liés / pillé masculine, classiqueb extrêmes / moi-même féminine, classiquea tien / m’appartient masculine, classiqueb amplitude / solitude féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 1.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes de l’Amour, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1924· numérisation wikisource.org· Sources