Le calepin du mendiant, 1949· Le calepin du mendiant (1911)
« Çà, ma Muse, chantons, pour fort qu'il t'en ennuie »
Çà, ma Muse, chantons,‖ pour fort qu'il t'en ennuie ;Il faut au bout du pont‖ que je gagne ma vie ;Les passants de nos vers‖ fassent donc bon marché.Prends ta viole et chantons‖ jusqu'à soleil couché.Une araignée en fer‖ s'est emparée des villes,Des champs, des continents‖ et de toutes les îles.On n'entend plus sonner‖ dans tous les ports de merQue le mugissement‖ d'une vache de fer…Quel vacarme à minuit‖ frappe encor mon oreille ?C'est la bête de fer‖ qui travaille et qui veille.Ah ! que de bras aura‖ son travail étonné !Que de doigts son travail‖ au vice détourné !Il lui sied bien vraiment‖ d'excuser ma paresse.Nous vivons pour des fers‖ qu'on polit et qu'on graisse,Nous vivons dans les fers‖ que partout on suspend,Nous voyageons aux fers‖ d'un rapide serpent,Nous nous mettons aux fers‖ sur le cheval du singe ;Tout est en fer, ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․Sous d'étranges chapeaux‖ un bizarre animalJusque dans le saint lieu‖ montre le carnaval…Piéça qu'il est venu,‖ le roi de la Sibylle,Longtemps a qu'on le voit,‖ l'âge d'or de Virgile.Saturne, selon moi, c'est la ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․Et Rhéa, selon moi, c'est la ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․
Çà, Musette, chantons,‖ car tout nous y convie.Laisse un peu le burlesque,‖ et ce gras fard essuie.Il faut à mon régent‖ sel un peu plus choisi :Si nous chantons le bois,‖ ce soit bois de Choisy.Oui, nous touchons au temps‖ qu'à travers sa fuméePrédisait au Romain‖ la Sibylle Cumée,Et que pour deux ou trois‖ de la PostéritéSous le règne d'Auguste‖ a le Cygne chanté.De la lune déjà‖ s'est Thémis rapprochée,Qui s'était de pudeur‖ dans Saturne cachée ;Et déjà quelques sons‖ de flûte et de tambourDes jeux de l'Age d'Or‖ ont sonné le retour.Car un dieu qu'on attend‖ du haut de l'EmpyréeVa naître d'une race‖ et puissante et sacrée.Dame Lucine, ohé !‖ Ne froncez les sourcilsA Cyl par qui seront‖ serpents de fer occis !Chaste sœur d'Apollon,‖ prends modèle à ton frèreQui tua le premier…‖ du haut du Belvédère.
Oui, mon Consul, c'est toi‖ de qui l'on va tenirEnfin ! la liberté‖ d'aller et de venir,N'ayant plus ton sergent‖ les mains aussi pressées,Te disant petit doigt‖ nos secrètes pensées.Rien ne gêne un grand Mois‖ dans ses nobles essors :De ses grandes paours‖ déjà la France est hors !Et déjà les François‖ respirent sans contrainteA l'aspect d'un Enfant‖ qui bannit toute crainte.De lui, Sa Majesté‖ reçut de ses aïeuxLa vie, ainsi qu'on sait‖ que la mènent les Dieux.Dans le banquet des Dieux‖ où j'ai vu qu'il s'efface,Les héros s'inclinaient‖ pour lui mieux faire place ;Car il sait aux vertus‖ du sceptre paternelGouverner sans désordre‖ un empire éternel !Ne tarde trop, Enfant.‖ Voici que la charruePar de menus cadeaux‖ prépare ta venue ;Au lierre, chapeau‖ des Muses de ces bois,Le bussi ( ?) fut par elle‖ adjouxté de ses doigts ;Au colocase fut‖ l'acanthe mariée,Dont toute la campagne‖ est moult émerveillée.D'elles-mêmes déjà‖ les chèvres (s'il vous plaît !)Retournent au bercail‖ toutes pleines de lait ;Et Messer du Lion‖ qui fait moins le beau sireMet aux pieds des bergers‖ sourdines à son ire.La Déesse des fleurs‖ sous le même verseauEn fait s'épanouir‖ en ton même berceau.Serpents ne mordent plus‖ de leurs dents venimeuses,Poisons n'habillent plus‖ leurs mines vénéneuses ;De la sage Assyrie‖ en tous lieux croît l'encens :Tout règle sa conduite‖ au progrès de tes ans,Si qu'à l'âge où tu peux‖ dans les bouquins antiquesLire de tes aïeux‖ les hauts faits authentiques,Comment par tel héros‖ fut tel monstre abattu…Quand tu sauras ce qu'est‖ d'une ferme vertu,L'on voit sur un terrain‖ où volait la poussièreOnduler des moissons‖ la vivante crinière,Dessus la ronce on cueille‖ un raisin des plus douxEt du bois le plus dur‖ sort le miel le moins roux !Mais à Thétis au loin‖ toujours encharbonnée,A la glèbe toujours ․ ․ ․ ․ condamnée,Aux pipes de l'octroi‖ s'allumant dans le noir,Soupçons de fraude encor‖ se peuvent concevoir.Se peut que Mars encor‖ le prenne de voix haute,Qu'un second Argo porte‖ un nouvel Argonaute,Et qu'un second Achille‖ aux plaines d'IlionFasse aux rangs des Troyens‖ grande confusion !…Mais quand les ans par qui‖ la lèvre est embuéeT'auront sur le rebec‖ la voix comme enrouée,L'on ne voit plus de nef‖ monter Neptune en mer,Ni galions marchands‖ en danger d'abymer,Chaque terre à ses fils‖ donnant sans nul péageTous les biens dont leur chant,‖ si ce n'est davantage.De torturer la vigne‖ il n'est plus question,Ni d'infliger au sol‖ la marque du sillon.Sans plus se soucier‖ du vent ni de la nue,L'homme affranchit ses bœufs‖ du joug de la charrue ;Sans plus rien emprunter‖ à l'art qu'exerçait Tyr,Et la laine et la soie‖ ont cessé de mentir.Mais on voit le bélier‖ qui les cornes présenteSe couvrir en jouant‖ de pourpre moult plaisante,Avecque l'arc-en-ciel‖ tout le troupeau lutter,Et voire les agneaux‖ aux fleurs le disputer !Adoncques, beau cousin,‖ de Mars et d'Esculape,Vois Jupiter là-haut‖ pour toi mettre la nappe !Vois Castor et Pollux‖ t'amener leurs troupiers,Vois l'axe de Bradley « ‖nutantem » sous tes pieds,Te rire dans les bois‖ jusqu'au plus petit fauneEt cesser le plus fou‖ d'être coiffé de jaune !Ah ! si j'était plus jeune,‖ aux jours de tes exploits,Les chanter sur la lyre‖ aux modes d'autrefois !Ne me vaincrait Orphée‖ au vallon du Solfège !Ne me battrait Linus,‖ ce pion de collège !C'est à moi que saurait‖ la couronne venir,Bien qu'on n'ait pas comme eux‖ si fort de qui tenir,Que ma maman n'ait pas‖ le renom d'être fée,Ni mon papa la tête‖ à ses rayons coiffée !Et que si le dieu Pan‖ nous venait à cheval,Fort grand plaisir aurais-je‖ à vaincre un tel rival !
Versification
- Forme
- 3 distiquess (distiques)
- Rimes
- 58((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiquess
- Mots à la rime
- a ennuie / vie féminine, classiqueb marché / couché masculine, classiquec villes / îles féminine, classiqued mer / fer masculine, classiquee oreille / veille féminine, classiquef étonné / détourné masculine, classiqueg paresse / graisse féminine, classiqueh suspend / serpent masculine, classiquei animal / carnaval masculine, classiquej Sibylle / Virgile féminine, classiquea convie / essuie féminine, classiqueb choisi / Choisy masculine, classiquec fumée / Cumée féminine, classiqued Postérité / chanté masculine, classiquee rapprochée / cachée féminine, classiquef tambour / retour masculine, classiqueg l'Empyrée / sacrée féminine, classiqueh sourcils / occis masculine, classiquei frère / Belvédère féminine, classiquea tenir / venir masculine, classiqueb pressées / pensées féminine, classiquec essors / hors masculine, classiqued contrainte / crainte féminine, classiquee aïeux / Dieux masculine, classiquef s'efface / place féminine, classiqueg paternel / éternel masculine, classiqueh charrue / venue féminine, classiquei bois / doigts masculine, classiquej mariée / émerveillée féminine, classiquek plaît / lait masculine, classiquel sire / ire féminine, classiquem verseau / berceau masculine, classiquen venimeuses / vénéneuses féminine, classiqueo l'encens / ans masculine, classiquep antiques / authentiques féminine, classiqueq abattu / vertu masculine, classiquer poussière / crinière féminine, classiques doux / roux masculine, classiquet encharbonnée / condamnée féminine, classiqueu noir / concevoir masculine, classiquev haute / Argonaute féminine, classiquew d'Ilion / confusion masculine, classiquex embuée / enrouée féminine, classiquey mer / d'abymer masculine, classiquez péage / davantage féminine, équivalentea question / sillon masculine, classiqueb nue / charrue féminine, classiquec Tyr / mentir masculine, classiqued présente / plaisante féminine, classiquee lutter / disputer masculine, classiquef d'Esculape / nappe féminine, classiqueg troupiers / pieds masculine, classiqueh faune / jaune féminine, classiquei exploits / d'autrefois masculine, classiquej Solfège / collège féminine, classiquek venir / tenir masculine, classiquel fée / coiffée féminine, classiquem cheval / rival masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
120 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le calepin du mendiant, Genève, Pierre Cailler, éditeur, 1949· Sources