Le calepin du mendiant, 1949· Le calepin du mendiant (1911)
Je te salue, étoile
Je te salue, étoile,Qui nouvelle apparaît,A genoux sous ton voile,Vierge de Nazareth.
O Vierge bienheureuse,Quel est donc cet esprit ?En ta dextre pieuseUn lys s'épanouit.
Vierge sainte, n'hésite :Sauve-nous au plus viteDes fins du réprouvé ;Reçois tôt cet avé,Quoi que le plus étrangeQui du serpent nous venge.C'est fait, j'entends ta voix.C'est fait, je vois la Croix.Ce n'est plus au nom d'Ève,C'est au tien qui relève,Que ma Mère je vois !Mère la plus aimable,Pour avoir notre DieuMis au monde en étable,L'hiver, de nuit sans feu.O le dur privilège !Quel Noël ! sous la neigeRéchauffer de JésusLes petits membres nus.
Mais quoi ? des luths s'entendent !O Porte des Élus,Rois, bergers te demandent ;D'autant que tous perclusDans le siècle où nous sommesSans toi, nous, pauvres hommes,Ne nous sauverions plus !
Or donc le plus coupableSoit par toi détaché.Tiens l'aspic à ta table,En ton lit soit couché.Aux aveugles des ruesFais du moins belles vues,Voir qu'à nos obstinésTes sourds soient pardonnés.Des guerres et des pestes,De nos fléaux funestes,Écarte les tableaux.Jette aux vers des tombeauxLes faux biens périssables,Et des biens véritablesChoisis-moi les moins beaux.Mais à Cupide obscène,Injuste en son avoir,Montre que veuve en peine,Enfant vêtu de noirEt pauvre en sa chaumière,Ont chez toi bonne MèreQui sait les protégerEt pourrait les venger,Le jour qu'un Débonnaire(Après le Cimetière,Quand il faudra compter,)Non pas sans hésiter,Devrait, quelle misère !Malgré pleurs et prièresTon silence écouter.
O Vierge singulièreDont l'humble humilitéEst jardin de lumièreEn plus noire cité !Quoi ! tu n'es point altière !Eh quoi ! tu n'es point fièreDe si grand' pureté ?Oh ! pour ta grand' bonté,Sois donc notre Bergère,Et sous ta panetière,Houlette et long manteau,Change un sanglant taureau,Change un tigre plein d'ire,Ce qui revient à dire :Change l'homme en agneau.Délivre-nous d'un mondeQui foule la pudeur !Autre Jeanne plus mondeSus au fornicateur !Mets Cacus en déroute ;Cessent d'être à l'écouteBasile, Yago, Loyal !Si que, par ton canalSortis de cette impasse,(Notre-Dame de Grâce,Daigne tous nous bénir !)Chacun s'aille esbaudirLe jour de la VictoireAn séjour d'une gloireQui ne doit point ternir !
Ah ! si j'avais ta harpe,Toi qui de moi riras !An lieu de cette écharpeOù j'ai ce maudit bras !Ou si je tenais l'orgueDisons chez ceux de Lorgue,J'éveillerais cent « laus »Sur mille et mille flots.Mais je ne suis prophète,Encor bien moins poëte :Nous sommes professeur.Chez ma petite sœurCe poison mets-je en douve,Et que saint Bernard trouvePlus heureux traducteur !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 8[abab] 20[aa] 5[aabba] 1[ababccb] 1[abbaa]
- Mètre
- Hexasyllabes
- Mots à la rime
- a étoile / voile féminine, classiqueb apparaît / Nazareth masculine, classiquea bienheureuse / pieuse féminine, classiqueb esprit / s'épanouit masculine, classiquea n'hésite / vite féminine, classiqueb réprouvé / avé masculine, classiquec étrange / venge féminine, classiqued voix / Croix / vois masculine, classiquee d'Ève / relève féminine, classiquef aimable / étable féminine, classiqueg Dieu / feu masculine, classiqueh privilège / neige féminine, classiquei Jésus / nus masculine, classiquea s'entendent / demandent féminine, classiqueb Élus / perclus / plus masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiquea coupable / table féminine, classiqueb détaché / couché masculine, classiquec rues / vues féminine, classiqued obstinés / pardonnés masculine, classiquee pestes / funestes féminine, classiquef tableaux / tombeaux / beaux masculine, classiqueg périssables / véritables féminine, classiqueh obscène / peine féminine, classiquei avoir / noir masculine, classiquej chaumière / Mère féminine, classiquek protéger / venger masculine, classiquel Débonnaire / Cimetière féminine, classiquem compter / hésiter masculine, classiquen misère / prières féminine, classiqueo écouter / humilité masculine, classiquea singulière / lumière féminine, classiquec cité / pureté / bonté masculine, non classiqued altière / fière féminine, non classiquee Bergère / panetière féminine, classiquef manteau / taureau / agneau masculine, classiqueg d'ire / dire féminine, classiqueh monde féminine, classiquei pudeur / fornicateur masculine, classiquej déroute / l'écoute féminine, classiquek Loyal / canal masculine, classiquel impasse / Grâce féminine, classiquem bénir / esbaudir / ternir masculine, classiquen Victoire / gloire féminine, classiquea harpe / écharpe féminine, classiqueb riras / bras masculine, classiquec l'orgue / Lorgue féminine, classiqued laus / flots masculine, classiquee prophète / poëte féminine, classiquef professeur / sœur / traducteur masculine, classiqueg douve / trouve féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
109 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le calepin du mendiant, Genève, Pierre Cailler, éditeur, 1949· Sources