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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le calepin du mendiant, 1949· Poésies diverses (1873-1913)

Les hôtesses

Germain Nouveau· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Quand vous coulant au bas‖ de vos lits d'accouchéesAprès les affres du‖ premier enfantementVous vous dressez enfin,‖ vous sentant allégéesComme un arbre où saignait‖ un fruit mûr, lourdement ;

Que dans votre miroir,‖ Mères, Èves maudites,Votre ombre frêle et pâle‖ encore du dangerVous fait prendre en horreur‖ nos enfances, proscritesD'un geste, et s'effarant‖ d'un sourire étranger ;

Tandis que vous traînez,‖ mornes, vos cicatrices,Dieu nous voit blancs d'un lait‖ revomi par ruisseaux,L'âme et le front navrés‖ du baiser des nourrices,Miaulant au roulis‖ d'impassibles berceaux.

Or, grandis dans l'orgueil‖ d'avoir des cœurs si tristes,Plus tard, après l'avoir‖ respirée en chemin,O femme, dans le vent‖ plein d'adorables pistes,Tu n'as tendu qu'un doigt‖ à toute notre main.

Car, ô mortelle, enfant‖ belle comme la Terre,Tu ne peux attirer‖ dans ta nuit, sans que dansL'entrelacement nu‖ de ta caresse amèreLuise toute la bête‖ en l'éclair de tes dents.

Mais comme une qui tue‖ et qui n'est pas méchante,Tu souriras toujours,‖ ne pouvant écouter,Pour tous les noirs baisers‖ où notre âme déchante,Dans le ciel qui s'enfuit‖ nos anges sangloter.

Ah ! nous la demandons‖ toujours, la bonne Hôtesse,La vraie, et dont le geste‖ est sûr, toute au passantQui marche en la stupeur‖ de la forêt traîtresse,Les cheveux en sueur‖ et les doigts lourds de sang ;

Chez qui coulent des flots‖ de bonté merveilleuseEt les vins rares sur‖ la nappe, où le sommeilBlotti dans un parfum‖ de lessive rieuseSe berce d'une ivresse‖ encor verte au réveil ;

Où tu ne pèses pas,‖ ô main, ce que tu donnes ;Où, sur des fruits charmants‖ comme des fleurs, la faimS'oublie en un verger‖ aux trésors en couronnesEt sous le soleil mûr‖ d'un automne sans fin.

Mais, puisque c'est en vain,‖ ô nos bouches, crieusesD'infini, dont la voix,‖ comme un oiseau de feu,Emporte au ciel l'amour‖ des foules furieuses,Ah ! puisque Dieu sans doute‖ existe, mais si peu !

Viens, toi, la plus affreuse‖ et pourtant la meilleure,Trop méconnue au temps‖ où l'on était petit ;O Mort, dernière Hôtesse,‖ est-ce pas qu'il est l'heureTa porte bâille comme‖ en un morne appétit.

Dérobe-nous, tes fils‖ sont las, surtout des roses,Pas de tout, certe, et vieux‖ d'aller et d'espérer ;Donne, ô Mort, ton sommeil‖ aux sombres amaurosesEt que l'aube et ses coqs‖ ne sauraient déchirer.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a d'accouchées / allégées féminine, classiqueb enfantement / lourdement masculine, classiquea maudites / proscrites féminine, classiqueb danger / étranger masculine, classiquea cicatrices / nourrices féminine, classiqueb ruisseaux / berceaux masculine, classiquea tristes / pistes féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea Terre / amère féminine, classiqueb dans / dents masculine, classiquea méchante / déchante féminine, classiqueb écouter / sangloter masculine, classiquea Hôtesse / traîtresse féminine, classiqueb passant / sang masculine, non classiquea merveilleuse / rieuse féminine, classiqueb sommeil / réveil masculine, classiquea donnes / couronnes féminine, classiqueb faim / fin masculine, classiquea crieuses / furieuses féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea meilleure / l'heure féminine, classiqueb petit / appétit masculine, classiquea roses / amauroses féminine, classiqueb d'espérer / déchirer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le calepin du mendiant, Genève, Pierre Cailler, éditeur, 1949· Sources