Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis
Aux Femmes
Et vous, l'ancienne esclave‖ à la caresse amère,Vous le bétail des temps‖ antiques et charnels,Vous, femmes, dont Jésus‖ fit la Vierge et la Mère,D'après Celle qui porte‖ en ses yeux maternelsLe reflet le plus grand‖ des rayons éternels,
Aimez ces grands enfants‖ pendus à votre robe,Les hommes, dont la lèvre‖ est ivre encor du laitDe vos mamelles d'or‖ qu'un linge blanc dérobe ;Aimez l'homme, il est bon ;‖ aimez-le, s'il est laid.S'il est déshérité,‖ c'est ainsi qu'il vous plaît.
Les hommes sont vos fruits :‖ partagez-leur votre âmeVotre âme est comme un lait‖ qui ne doit pas tarir,O femmes, pour ces fils‖ douloureux de la femmeQue vous faites pour vivre,‖ hélas ! et pour souffrir ;Que seul, le Fils de l'homme‖ empêche de mourir !
L'enfant c'est le mystère‖ avec lequel tu joues,C'est l'inconnu sacré‖ que tu portes neuf mois,Pendant que la douleur‖ te baise sur les joues,Mère qui fais des gueux‖ et toi qui fais des rois,Vous qui tremblez toujours‖ et mourez quelquefois.
Comme autrefois les flancs‖ d'Ève en pleurs sous les branches,Au jardin favorable‖ où depuis l'amour dort,Ton labeur est maudit !‖ Ceux sur qui tu te penches,Vois, mère, le plus doux,‖ le plus beau, le plus fort,Il apprend l'amertume‖ et connaîtra la mort.
C'est toi la source, ô femme,‖ écoute, ô mère folleD'Ésope qui boitait,‖ de Caïn qui griffait,Vois le fruit noir tombé‖ de ton baiser frivole,Savoure-le pourtant,‖ comme un divin effet,En noyant dans l'amour‖ l'horreur de l'avoir fait.
Pour l'amour, tout s'enchante‖ en sa clarté divine.Aimez comme vos fils‖ les hommes ténébreux ;Leur cœur, si vous voulez,‖ votre cœur le devine :Le plus graves au fond‖ sont des enfants peureux ;Le plus digne d'amour,‖ c'est le plus malheureux.
Éclairez ces savants,‖ ô vous les clairvoyantes,Ne les avez-vous pas‖ bercés sur vos genoux,Tout petits ? Vous savez‖ leurs âmes défaillantes ;Quand ils tombent, venez ;‖ ils sont francs, ils sont doux ;S'ils deviennent méchants,‖ c'est à cause de vous.
C'est à cause de vous‖ que la discorde allumeLeurs yeux, et c'est pour vous,‖ pour vous plaire un momentQu'ils font couler une encre‖ impure sous leur plume.Cet homme si loyal,‖ ce héros si charmant,S'il vous adore, il tue,‖ et sur un signe il ment.
L'heure sonne, écoutez,‖ c'est l'heure de la femme ;Car les temps sont venus,‖ où, tout vêtu de noir,L'homme, funèbre, a l'air‖ d'être en deuil de son âmeAh ! rendez-lui son âme,‖ et, comme en un miroir,Qu'il regarde en la vôtre‖ et qu'il aime à s'y voir.
Au lieu de le tenter,‖ comme un démon vous tente,Au lieu de garrotter‖ ses membres las, au lieuDe tondre sur son front‖ sa toison éclatante,Vous, qui foulez son cœur,‖ et vous faites un jeuDe piétiner sa mère,‖ et d'en dissiper Dieu,
Otez-lui le vin rouge‖ où son orgueil se grise ;Retirez-lui l'épée‖ où se crispe sa main ;Montrez-lui les sentiers‖ qui mènent à l'église,Parmi l'œillet, le lys,‖ la rose et le jasmin ;Faites-lui voir le vice‖ un banal grand chemin.
Dites à ces enfants‖ qu'il n'est pas raisonnableDe poursuivre le ciel‖ ailleurs que dans les cieux,De rêver d'un amour‖ qui cesse d'être aimable,De se rire du Maître‖ en s'appelant des dieux,Et de nier l'enter‖ quand ils l'ont dans les yeux.
Cependant l'homme est roi ;‖ s'il courbe son échineSur le sillon amer‖ qu'il creuse avec ennui,S'il traîne ses pieds lourds,‖ le sceau de l'origineCéleste à son front reste,‖ où l'amour même a lui ;Et comme il sort de Dieu,‖ femme, tu sors de lui.
Cette paternité‖ brille dans sa faiblesseAutant que dans sa force ;‖ il a l'autorité.N'en faites pas un maître‖ irrité qui vous blesse ;Dans la sombre forêt‖ de l'âpre humanitéL'homme est le chêne, et Dieu‖ lui-même l'a planté.
Respectez ses rameaux,‖ redoutez sa colère,Car Dieu mit votre sort‖ aux mains de ce proscrit.Voyez d'abord ce blanc‖ porteur de scapulaire,Ce moine, votre père‖ auprès de Jésus-Christ :Il montre dans ses yeux‖ le feu du Saint-Esprit.
En faisant de l'amour‖ leur éternelle étudeLes moines sont heureux‖ à l'ombre de la Croix ;Ils peuplent avec Dieu‖ leur claire solitude ;L'étang bleu qui se mêle‖ à la paix des grands bois,Voilà leur cœur limpide‖ où s'éveillent des voix.
Les apôtres menteurs‖ et les faux capitainesQui soumettent les cœurs,‖ mais que Satan soumet,Vous les reconnaîtrez‖ à des tares certaines :La luxure a Luther ;‖ l'orgueil tient Mahomet ;Saint Jean, lui, marchait pur,‖ aussi Jésus l'aimait.
Plus haut que les guerriers,‖ plus haut que les poètes,Peuple sur lequel souffle‖ un vent mystérieux,Dominant jusqu'au trône‖ ébloui par les fêtesDes empereurs blanchis‖ aux regards soucieux,Et par-dessus la mer‖ des peuples furieux,
A l'ombre de sa belle‖ et haute basilique,Dans Rome, où vous vivez,‖ cendres du souvenir,Gouvernant avec fruit‖ sa douce République,Qu'il mène vers le seul,‖ vers l'unique avenir,Jaloux de ne lever‖ la main que pour bénir,
Le prêtre luit, vêtu‖ de blanc, comme les marbres,Dédoublement sans lin‖ du Christ mystérieux,Berger, comme Abraham‖ qui campe sous les arbres ;Toute la vérité‖ vieille au fond de ses yeux.Et maintenant, paissez,‖ long troupeau, sous les cieux.
Versification
- Forme
- 21 quintils (quintils)
- Rimes
- 21(ababb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 21 quintils
- Mots à la rime
- a amère / Mère féminine, classiqueb charnels / maternels / éternels masculine, classiquea robe / dérobe féminine, classiqueb lait / laid / plaît masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb tarir / souffrir / mourir masculine, classiquea joues féminine, classiqueb mois / rois / quelquefois masculine, classiquea branches / penches féminine, classiqueb dort / fort / mort masculine, classiquea folle / frivole féminine, classiqueb griffait / effet / fait masculine, classiquea divine / devine féminine, classiqueb ténébreux / peureux / malheureux masculine, classiquea clairvoyantes / défaillantes féminine, classiqueb genoux / doux / vous masculine, classiquea allume / plume féminine, classiqueb moment / charmant / ment masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb noir / miroir / voir masculine, classiquea tente / éclatante féminine, classiqueb lieu / jeu / Dieu masculine, classiquea grise / l'église féminine, classiqueb main / jasmin / chemin masculine, classiquea raisonnable / aimable féminine, classiqueb cieux / dieux / yeux masculine, classiquea échine / l'origine féminine, classiqueb ennui / lui masculine, classiquea faiblesse / blesse féminine, classiqueb l'autorité / humanité / planté masculine, classiquea colère / scapulaire féminine, classiqueb proscrit / Jésus-Christ / Saint-Esprit masculine, classiquea étude / solitude féminine, classiqueb Croix / bois / voix masculine, classiquea capitaines / certaines féminine, classiqueb soumet / Mahomet / l'aimait masculine, classiquea poètes / fêtes féminine, classiqueb mystérieux / soucieux / furieux masculine, classiquea basilique / République féminine, classiqueb souvenir / avenir / bénir masculine, classiquea marbres / arbres féminine, classiqueb mystérieux / yeux / cieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
105 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources