Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis
Charité
Nourrissez votre cœur‖ du feu des charités,Filles du Fils de l'homme,‖ aux yeux pleins de clartés.Aimez celle qu'un peuple‖ appelle politesse.Avant Notre-Seigneur,‖ savoir vivre, qu'était-ce ?Quelque chose au dehors,‖ mais au fond, presque rien.Être civilisé,‖ c'est bien ; poli, très bien ;La politesse, fleur‖ de l'homme charitable,Règle notre attitude‖ et rit à notre table,Et donne un sens exquis‖ aux choses du repas.Science qui s'apprend,‖ et qui ne s'apprend pas :Code intime et profond,‖ né dans la quiétudeDu cloître, et dont le monde,‖ après, fit son étude.L'âme où passa Jésus‖ toujours en garde un pli,Et c'est encor rester‖ chrétien qu'être poli,La politesse est reine‖ et fait son doux royaumeDes cœurs purs, c'est un lis‖ royal qui les embaume !Non celle qui se montre‖ en chapeaux élégants,Bien qu'un homme se lise‖ aux couleurs de ses gants,Ni celle qui fatigue,‖ ou bien qui complimente,Obligée à se taire‖ à moins qu'elle ne mente :Mais celle-là qui règne‖ avec simplicité,Qui sait servir le miel‖ pur de la vérité ;Qui veut laisser chacun‖ ou chacune à sa place,Qui calme les transports,‖ comme elle rompt la glace.Parmi les charités,‖ si légères au solQu'elles foulent si peu,‖ que l'on dirait un volTimide, à fleur déterre,‖ ou d'ange ou d'hirondelle ;Au nom des tout petits‖ qui soupent sans chandelleSous les arbres, les yeux‖ dans leurs cheveux trop longs,Et viennent d'Italie‖ avec leurs violons ;Du vieux joueur de flûte,‖ aux mèches toutes grises,Et du pauvre, à genoux‖ sur le seuil des églises,Qui marmotte une antienne‖ ou qui froisse les grainsDu rosaire, à la fête‖ où vont les pèlerins ;Parmi les charités,‖ porteuses d'escarcelles,D'un vers reconnaissant‖ je veux célébrer celleQui passe en écoutant‖ les plaintes des roseaux,Et qui donne aux petits‖ comme on donne aux oiseaux !Fais ton miel admirable,‖ ô reine des abeilles,Charité, donne encor‖ tes jours, ton cœur, tes veilles ;Jésus multiplia‖ les poissons et les pains.Voyez, dans ce palais,‖ dont les plafonds sont peints,Où les lustres ont plus‖ de branches que les arbres,Où le peuple des sphinx‖ taillés au cœur des marbresGarde la cour sonore‖ et les vastes paliers,Château plein de frontons,‖ d'urnes et de piliers,Cette royale entant‖ toute belle, qui foule,Comme un jardin fleuri,‖ l'éloge de la foule !Eh bien, la charité‖ qui lui parle à mi-voixSaura lui retirer‖ les bagues de ses doigts,La perle éclose au coin‖ de son oreille en flamme,Sa chevelure où rit‖ la gloire de la femme,Sa chambre où le soleil‖ allonge dans la paixSa large griffe d'or‖ sur les tapis épais,Ses miroirs éclatants,‖ les servantes accortes,Ce vestibule altier,‖ plein de dessus de portesOù des gens, dont le vent‖ chiffonne le manteau,Sont poudrés par Boucher‖ et fardés par Watteau,Et l'œil de ces bergers‖ diseurs de douces choses,Les grands vases de fleurs,‖ où Sèvre a peint les roses !Ses pieds si délicats‖ chaussés de gros souliers,Sa taille consacrée‖ à d'humbles tabliers,Sous sa coiffe de tulle‖ et d'épingles légères,L'enfant ira, parmi‖ les âmes étrangères,Fermer les yeux des morts,‖ coudre le drap fatal,Ou, sous les crucifix‖ des murs de l'hôpital,Au chevet d'un mourant‖ dont la bouche blasphème,Pour lui dire : « Je suis‖ votre sœur qui vous aime ! »Cette charité-là‖ se nomme amour divin,Elle enivre les cœurs,‖ plus forte que le vin.Père des charités,‖ dont le Père pardonne,Jésus, ô doux Jésus,‖ pour qu'enfin l'on se donneA vous, dont on tient l'âme‖ et le cœur que l'on a,Vous qui changiez en vin‖ l'eau claire de CanaQui chantait en entrant‖ sonore au col des vases,Changez la boue en or‖ dans nos cœurs lourds de vases.Vous qui rendiez la vue‖ à ceux dont les bâtonsTâtent le pied des murs,‖ nous marchons à tâtons,Et nous sommes des sourds,‖ et la pierre est pareilleA nous. Maître, mettez‖ le doigt sur notre oreille !Vous, dont l'ordre, au soleil‖ qui sur le peuple luit,Tirait Lazare blanc‖ des brumes de la nuit,Seigneur, ressuscitez‖ aussi nos cœurs de roche,S'il est vrai, ô Seigneur,‖ que votre règne approche !
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 42((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a charités / clartés masculine, classiqueb politesse / qu'était-ce féminine, classiquec rien / bien masculine, classiqued charitable / table féminine, classiquee repas / pas masculine, classiquef quiétude / étude féminine, classiqueg pli / poli masculine, classiqueh royaume / embaume féminine, classiquei élégants / gants masculine, classiquej complimente / mente féminine, classiquek simplicité / vérité masculine, classiquel place / glace féminine, classiquem sol / vol masculine, classiquen d'hirondelle / chandelle féminine, classiqueo longs / violons masculine, classiquep grises / églises féminine, classiqueq grains / pèlerins masculine, classiquer d'escarcelles / celle féminine, non classiques roseaux / oiseaux masculine, classiquet abeilles / veilles féminine, classiqueu pains / peints masculine, classiquev arbres / marbres féminine, classiquew paliers / piliers masculine, classiquex foule féminine, classiquey mi-voix / doigts masculine, classiquez flamme / femme féminine, classiquea paix / épais masculine, classiqueb accortes / portes féminine, classiquec manteau / Watteau masculine, classiqued choses / roses féminine, classiquee souliers / tabliers masculine, classiquef légères / étrangères féminine, classiqueg fatal / l'hôpital masculine, classiqueh blasphème / aime féminine, classiquei divin / vin masculine, classiquej pardonne / donne féminine, classiquek a / Cana masculine, classiquel vases féminine, classiquem bâtons / tâtons masculine, classiquen pareille / oreille féminine, classiqueo luit / nuit masculine, classiquep roche / approche féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources