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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Valentines, 1922

Dernier madrigal

Germain Nouveau· 20 quintils, octosyllabes, 100 vers

Quand je mourrai, ce soir peut-être,Je n’ai pas de jour préféré,Si je voulais, je suis le maître,Mais… ce serait mal me connaître,N’importe, enfin, quand je mourrai.

Mes chers amis, qu’on me prometteDe laisser le bois… au lapin,Et, s’il vous plaît, qu’on ne me mettePas, comme une simple allumette,Dans une boîte de sapin ;

Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;Ne me couchez pas tout du long,Pour le coup de fusil qui tonne,Dans la bière qu’on capitonneSous sa couverture de plomb.

Car, je ne veux rien, je vous jure ;Pas de cercueil ; quant au tombeau,J’y ferais mauvaise figure,Je suis peu fait pour la sculpture,Je le refuse, fût-il beau.

Mon vœu jusque-là ne se hausse ;Ça me laisserait des remords,Je vous dis (ma voix n’est pas fausse) :Je ne veux pas même la fosse,Où sont les lions et les morts.

Je ne suis ni puissant ni riche,Je ne suis rien, que le toutou,Que le toutou de ma Niniche ;Je ne suis que le vieux canicheDe tous les gens de n’importe où.

Je ne veux pas que l’on m’enferreNi qu’on m’enmarbre, non, je veuxTout simplement que l’on m’enterre,En faisant un trou… dans ma Mère,C’est le plus ardent de mes vœux.

Moi, l’enterrement qui m’enlève,C’est un enterrement d’un sou,Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,C’est de pourrir, comme une fève ;Et maintenant, je vais dire où.

Eh ! pardieu ! c’est au cimetièrePrès d’un ruisseau (prononcez l’Ar),Du beau village de PourrièreDe qui j’implore une prière,Oui, c’est bien à Pourrières, Var.

Croisez-moi les mains sous la tête,Qu’on laisse mon œil gauche ouvert ;Alors ma paix sera complète,Vraiment je me fais une fêteD’être enfoui comme un pois vert.

Creusez-moi mon trou dans la terre,Sous la bière, au fond du caveau,Où tout à côté de son père,Dort déjà ma petite mère,Madame Augustine Nouveau.

Puis… comblez-moi de terre… fine,Sur moi, replacez le cercueil ;Que comme avant dorme Augustine !Nous dormirons bien, j’imagine,Fût-ce en ne dormant… que d’un œil.

Et… retournez-la sur le ventre,Car, il ne faut oublier rien,Pour qu’en son regard le mien entre,Nous serons deux tigres dans l’antreMais deux tigres qui s’aiment bien.

Je serai donc avec les FemmesQui m’ont fait et qui m’ont reçu,Bonnes et respectables Dames,Dont l’une sans cœur et sans flammesPour le fruit qu’elles ont conçu.

Ah ! comme je vais bien m’étendre,Avec ma mère sur mon nez.Comme je vais pouvoir lui rendreLes baisers qu’en mon âge tendreElle ne m’a jamais donnés.

Paix au caveau ! Murez la porte !Je ressuscite, au dernier jour.Entre mes bras je prends la Morte,Je m’élève d’une aile forte,Nous montons au ciel dans l’Amour.

Un point… important… qui m’importe,Pour vous ça doit vous être égal,Je ne veux pas que l’on m’emporteDans des habits d’aucune sorte,Fût-ce un habit de carnaval.

Pas de suaire en toile bise…Tiens ! c’est presque un vers de Gautier ;Pas de linceul, pas de chemise ;Puisqu’il faut que je vous le dise,Nu, tout nu, mais nu tout entier.

Comme sans fourreau la rapière,Comme sans gant du tout la main,Nu comme un ver sous ma paupière,Et qu’on ne grave sur leur pierre,Qu’un nom, un mot, un seul, GERMAIN.

Fou de corps, fou d’esprit, fou d’âme,De cœur, si l’on veut de cerveau,J’ai fait mon testament, Madame ;Qu’il reste entre vos mains de femme,Dûment signé : GERMAIN NOUVEAU.

Versification

Forme
20 quintils (quintils)
Rimes
20(abaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
20 quintils
Mots à la rime
a peut-être / maître / connaître féminine, classiqueb préféré / mourrai masculine, classiquea promette / mette / allumette féminine, équivalenteb lapin / sapin masculine, classiquea tonne / capitonne féminine, classiqueb long / plomb masculine, classiquea jure / figure / sculpture féminine, classiqueb tombeau / beau masculine, classiquea hausse / fausse / fosse féminine, non classiqueb remords / morts masculine, classiquea riche / Niniche / caniche féminine, classiqueb toutou / où masculine, classiquea m’enferre / m’enterre / Mère féminine, classiqueb veux / vœux masculine, classiquea m’enlève / rêve / fève féminine, classiqueb sou / où masculine, classiquea cimetière / Pourrière / prière féminine, classiqueb l’Ar / Var masculine, classiquea tête / complète / fête féminine, classiqueb ouvert / vert masculine, classiquea terre / père / mère féminine, classiqueb caveau / Nouveau masculine, classiquea fine / Augustine / j’imagine féminine, classiqueb cercueil / œil masculine, classiquea ventre / entre / l’antre féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea Femmes / Dames / flammes féminine, classiqueb reçu / conçu masculine, classiquea m’étendre / rendre / tendre féminine, classiqueb nez / donnés masculine, classiquea porte / Morte féminine, classiqueb jour / l’Amour masculine, classiquec forte / m’importe féminine, classiqueb égal / carnaval masculine, classiquec m’emporte / sorte féminine, classiquea bise / chemise / dise féminine, classiqueb Gautier / entier masculine, classiquea rapière / paupière / pierre féminine, classiqueb main / GERMAIN masculine, classiquea d’âme / Madame / femme féminine, classiqueb cerveau / NOUVEAU masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources