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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Valentines, 1922

Gâté

Germain Nouveau· 17 quintils, octosyllabes, 85 vers

Comme une femme, hélas ! vous change !Ainsi, moi… je fume toujours,Je ris, je dors, je bois, et mange,Mais tu m’as rendu bien étrange,Et de tous les fils, le plus lourd.

Un fils qui foule au pied sa mère,Ce que le dernier des troupiersAu pas accéléré peut faire,Qui s’oublie, ô folie amère,Jusqu’à l’écraser sous ses pieds !

Eh ! oui, je foule aux pieds la TerreQu’à deux genoux a su baiserUn Romain plein d’amour sévère,Brutus, que j’appelle mon frère,J’ai pu quelquefois l’écraser.

Écraser qui ? la Terre où l’homme ?Les deux, n’en soyons pas surpris :Le Temps est le grand agronome ;Il peut aux poussières de RomeMêler les cendres de Paris.

Oui, la Terre en travail et soûle,Notre Mère à tous, n’est-ce pas ?Mère des fous et de la foule,Et dont on mange, je la fouleAmoureusement sous mes pas.

Car cette Mère elle ne grondeJamais ses fils, et nous avonsSon sang qui circule à la ronde,Le vin rose et la bière blondeDans les verres où nous buvons.

Quant à la vraie ou bien la fausse,Nous dirons comme nous voudrons,Elle est morte, elle est dans sa fosse,Je n’en pleure ni ne m’en gausseDans la fosse où nous pourrirons.

C’était une enfant de Pourrières,Village battu des grands vents,Où toutes peuvent passer, fières,De leurs magnifiques derrièresAussi crânes que leurs devants.

Elle m’adorait pas des flottes !C’est loin comme les fonds usés,Les premiers fonds de mes culottes.Elle m’a foutu deux… calottesElle qui comptait les baisers.

Et pourquoi ? Tenez, je m’essuieEncore, en vous le racontant(Je cesserai si ça t’ennuie),C’est parce qu’un beau jour de pluieJ’étais revenu « tout coulant ».

Encor si c’était la férule !Mais la main sur la joue, ah ! non !Bon pour un homme, s’il recule.L’autre au moins, c’est chaud, ça vous brûlePas bien loin du… petit couillon.

Elle s’appelait AugustineSilvy, beau nom, grand et gaillard,D’une source, on dirait, latine ;Elle est morte de la poitrineMalgré tous les secours de l’art.

Elle était charmante et divine,Comme l’aveugle et le vieillard.Je sais que sa jambe était fine,Je trouve un jour ses bas, ma fine,Je les mis… pour l’amour de l’art.

Elle me lisait quoi ? devineLes vers du Petit Savoyard !Autant mourir de la poitrine.C’est dans ces vers que se dessineMa mère (oh ! c’est rempli d’art)

Qui dit, nom de Dieu de mâtine !Va-t’en à son enfant qui part !Autant mourir de la poitrine !Ce qu’elle fit. J’usai sa mineDe bas noirs, pour l’amour de l’art.

Elle n’avait, ma Valentine,Pas le quart de ton cœur… le quart !Le cinquième, dans sa poitrine !Si je mis ses bas, imagineQue ce fut pour l’amour de l’art.

Tiens ! qu’entends-je ? mais, là, sans rire…« Excusez-vous » ce n’est pas Toi,N’est-il pas vrai, qui l’a pu dire ?Serait-ce… son ton… plein d’empire ?Eh ! bien : Madame… excusez-moi.

Versification

Forme
17 quintils (quintils)
Rimes
17(abaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
17 quintils
Mots à la rime
a change / mange / étrange féminine, classiqueb toujours / lourd masculine, non classiquea mère / faire féminine, classiqueb troupiers / pieds masculine, classiquec amère / Terre féminine, classiqueb baiser / l’écraser masculine, classiquec sévère / frère féminine, classiquea l’homme / agronome / Rome féminine, classiqueb surpris / Paris masculine, classiquea soûle / foule féminine, classiqueb pas masculine, équivalentea gronde / ronde / blonde féminine, classiqueb avons / buvons masculine, classiquea fausse / fosse / gausse féminine, classiqueb voudrons / pourrirons masculine, classiquea Pourrières / fières / derrières féminine, classiqueb vents / devants masculine, classiquea flottes / culottes / calottes féminine, classiqueb usés / baisers masculine, classiquea m’essuie / t’ennuie / pluie féminine, classiqueb racontant / coulant masculine, classiquea férule / recule / brûle féminine, classiqueb non / couillon masculine, classiquea Augustine / latine féminine, classiqueb gaillard / l’art masculine, classiquec poitrine / divine féminine, classiqueb vieillard / l’art masculine, classiquec fine féminine, classiquea devine / poitrine féminine, classiqueb Savoyard / d’art masculine, classiquec dessine / mâtine féminine, classiqueb part / l’art masculine, classiquec poitrine / mine féminine, classiquea Valentine / poitrine / imagine féminine, classiqueb quart / l’art masculine, classiquea rire / dire / d’empire féminine, classiqueb Toi / excusez-moi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

85 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources