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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Valentines, 1922

L’agonisant

Germain Nouveau· 12 septains, octosyllabes, 84 vers

Ce doit être bon de mourir,D’expirer, oui, de rendre l’âme,De voir enfin les cieux s’ouvrir ;Oui, bon de rejeter sa flammeHors d’un corps las qui va pourrir ;Oui, ce doit être bon, Madame,Ce doit être bon de mourir !

Bon, comme de faire l’amour,L’amour avec vous, ma Mignonne,Oui, la nuit, au lever du jour,Avec ton âme qui rayonne,Ton corps royal comme une cour ;Ce doit être bon, ma Mignonne,Oui, comme de faire l’amour ;

Bon, comme alors que bat mon cœur,Pareil au tambour qui défile,Un tambour qui revient vainqueur,D’arracher le voile inutileQue retenait ton doigt moqueur,De t’emporter comme une villeSous le feu roulant de mon cœur ;

De faire s’étendre ton corps,Dont le soupirail s’entrebâille.Dans de délicieux efforts,Ainsi qu’une rose défailleEt va se fondre en parfums forts,Et doux, comme un beau feu de paille ;De faire s’étendre ton corps ;

De faire ton âme jouir,Ton âme aussi belle à connaître,Que tout ton corps à découvrir ;De regarder par la fenêtreDe tes yeux ton amour fleurir,Fleurir dans le fond de ton êtreDe faire ton âme jouir ;

D’être à deux une seule fleur,Fleur hermaphrodite, homme et femme,De sentir le pistil en pleur,Sous l’étamine toute en flamme,Oui d’être à deux comme une fleur,Une grande fleur qui se pâme,Qui se pâme dans la chaleur.

Oui, bon, comme de voir tes yeuxHumides des pleurs de l’ivresse,Quand le double jeu sérieuxDes langues que la bouche presse,Fait se révulser jusqu’aux cieux,Dans l’appétit de la caresse,Les deux prunelles de tes yeux ;

De jouir des mots que ta voixMe lance, comme des flammèches,Qui, me brûlant comme tes doigts,M’entrent au cœur comme des flèches,Tandis que tu mêles ta voixDans mon oreille que tu lèches,À ton souffle chaud que je bois ;

Comme de mordre tes cheveux,Ta toison brune qui ruisselle,Où s’étalent tes flancs nerveux,Et d’empoigner les poils de celleLa plus secrète que je veux,Avec les poils de ton aisselle,Mordiller comme tes cheveux ;

D’étreindre délicatementTes flancs nus comme pour des luttes,D’entendre ton gémissementRieur comme ce chant des flûtes,Auquel un léger grincementDes dents se mêle par minutes,D’étreindre délicatement,

De presser ta croupe en fureurSous le désir qui la cravacheComme une jument d’empereur,Tes seins où ma tête se cacheDans la délicieuse horreurDes cris que je… que je t’arracheDu fond de ta gorge en fureur ;

Ce doit être bon de mourir,Puisque faire ce que l’on nommeL’amour, impérieux plaisirDe la femme mêlée à l’homme,C’est doux à l’instant de jouir,C’est bon, dis-tu, c’est bon… oui… comme,Comme si l’on allait mourir ?

Versification

Forme
12 septains (septains)
Rimes
12(abababa)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
12 septains
Mots à la rime
a mourir / s’ouvrir masculine, classiqueb l’âme / flamme / Madame féminine, classiquec pourrir / mourir masculine, classiquea l’amour / jour masculine, classiqueb Mignonne / rayonne féminine, classiquec cour / l’amour masculine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb défile / inutile / ville féminine, classiquec moqueur / cœur masculine, classiquea corps / efforts masculine, classiqueb s’entrebâille / défaille / paille féminine, classiquec forts / corps masculine, classiquea jouir / découvrir masculine, classiqueb connaître / fenêtre / être féminine, classiquec fleurir / jouir masculine, classiquea fleur / pleur masculine, classiqueb femme / flamme / pâme féminine, classiquec fleur / chaleur masculine, classiquea yeux / sérieux masculine, classiqueb l’ivresse / presse / caresse féminine, classiquec cieux / yeux masculine, classiquea voix / doigts masculine, classiqueb flammèches / flèches / lèches féminine, classiquec voix / bois masculine, classiquea cheveux / nerveux masculine, classiqueb ruisselle / celle / aisselle féminine, classiquec veux / cheveux masculine, classiquea délicatement / gémissement masculine, classiqueb luttes / flûtes / minutes féminine, classiquec grincement / délicatement masculine, classiquea fureur / d’empereur masculine, classiqueb cravache / cache / t’arrache féminine, classiquec horreur / fureur masculine, classiquea mourir / plaisir masculine, classiqueb nomme / l’homme / comme féminine, classiquec jouir / mourir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources