Valentines, 1922
La déesse
J’adore la Mythologie,Sa science en fleurs, sa magie,Ses Dieux… souvent si singuliers,Et ses Femmes surnaturellesQui mêlent leurs noms aux querellesDes peuples et des écoliers.
Cachés parfois dans les nuages,Leurs noms luisent… sur nos voyages.J’ai vu leurs temples phéniciens ;Et je songe, quand bat la diane,Involontairement à DianeBattant les bois avec ses chiens.
Tenez, Madame, je l’adorePour une autre raison encore :C’est qu’elle offre à tous les amants,Pour leur Belle entre les plus belles,Des compliments par ribambellesDans d’éternels rapprochements.
Car toutes, ce sont des Déesses,Leur inspirant mille prouessesDans le présent et l’avenir,Comme dans le passé… farouche ;Je me ferai casser la… bouchePlutôt que n’en pas… convenir !
Mais Vous, Madame, l’ImmortelleQue vous êtes, qui donc est-elle ?Est-ce Junon, Reine des Dieux,À qui le plus… joyeux des Faunes,Son homme en faisait voir de jaunes,Étant coureur de… jolis lieux ?
Avec son beau masque de plâtreEt sa lèvre blanche, idolâtreD’Endymion, froid sigisbé,Qui, dans sa clarté léthargique,Dort au moment psychologique,Est-ce la Déesse Phœbé ?
Foutre non !… Vous voyant si belleJe dirais bien que c’est Cybèle,S’il n’était de ces calemboursQu’il faut laisser fleurir aux Halles…Pourtant ces jeux pleins de cymbalesÉgayaient Rome, et les faubourgs…
Je me hâte, est-ce Proserpine,Reine des enfers ? quelle épineCe serait dans mon madrigal,Sacré nom de Dieu !… ça vous blesse ?Eh ! bien ! Sacré nom de Déesse !Si vous voulez, ça m’est égal !
Je vous servirais AmphitriteComme on sert bien frite ou peu friteUne friture de poissons,Sans le : « Perfide comme l’onde »,Car, vous avez pour tout le mondeLe cœur le plus loyal… passons.
Oui, passons ta plus belle épongeSur ces noms, Neptune ! eh ! j’y songe :Pourquoi prendrais-je… trop de gants ?À contempler votre visagePlus doux qu’un profond paysage,Ton galbe des plus élégants,
Vous êtes ?… Vous êtes ?… Vous êtes ?…Je le donne en deux aux poètes,Je le donne en trois aux sculpteurs,Je le donne en quatre aux artistes,En quatre ou cinq aux coloristesDe l’École des amateurs…
Puisqu’il faut que je vous le… serve,Vous êtes Vénus, ou Minerve…Mais laquelle, en réalité ?Oui, la femme à qui je songe, est-ceMinerve, ce Puits de Sagesse,Ou Vénus, Astre de Beauté ?
Êtes-Vous puits ? Êtes-Vous Astre ?Vous un puits ! quel affreux désastre !Autant Te jeter dans un puits,La plaisanterie est permise,Sans Te retirer ta chemise,Le temps de dire : Je Te suis.
Vous seriez la vérité fausse,Qui tient trop à son haut-de-chausse,Tandis que l’Astre de BeautéC’est la Vérité qui ne voilePas plus la femme que l’étoile,La véritable Vérité.
Vous êtes Vénus qui se lèveAu firmament ; mais… est-ce un rêve ?Où ?… Je Vous vois… rougir… un peu,Comme si je disais des choses…Où si j’allais sans fins ni causesRépéter : Sacré nom de Dieu !
Vous rougissez… oui, c’est le signeAuquel on connaît si la vigneEt si la femme sont à point :C’est Cérès aussi qu’on vous nomme ?Tant mieux ! Sacré nom… d’une pomme !Pour moi je n’y contredis point.
Non ?… ce n’est pas Cérès ? bizarre !Cependant, Madame, il est rare,Rare… que je frappe à côté.Quelle est donc, voyons ? par la cuisseDe Jupin ! la femme qui puisseAinsi rougir de sa beauté ?
Ce n’est pas Bellone ? la Guerre,Nom de Dieu ! ça ne rougit guère…Qu’un champ,… un fleuve… ou le terrain ;Ce n’est pas Diane chasseresse,Car cette bougre de BougresseDoit être un démon à tous crins !
Serait-ce ?… Serait-ce ?… Serait-ce ?Minerve ? Après tout, la SagesseEst bien capable de rougir ;Mais ce n’est qu’une mijaurée,Les trois quarts du temps éploréeEt qui tremble au moment d’agir…
Tiens ! Cependant, ce serait drôle !Je percherais sur ton épaule,Je me frotterais à ton cou,Je serais votre oiseau, Madame,J’ai les yeux ronds pleins de ta flammeEt plus éblouis qu’un hibou…
Voilà deux heures que je cherche,Personne ne me tend la perche :C’est donc une énigme, cela ?Oui… quant à moi, de guerre lasse,Madame, je demande grâce ;Tiens ! Grâce !… et pardieu ! la voilà !
C’est la Grâce, oui, c’est bien la Grâce,La Grâce, ni maigre ni grasse,Tenez, justement, comme Vous !Vous êtes, souffrez que je beugle,Vénus l’Astre qui nous aveugle,Et la Grâce qui nous rend fous.
Et si quelqu’un venait me direQu’elles sont trois, je veux en rireAvec tout l’Olympe à la fois !Celle du corps, celle de l’âme,Et celle du cœur, oui, Madame,Vous les avez toutes les trois.
Vous êtes Vénus naturelle,Entraînant un peu derrière ElleLes trois Grâces par les chemins,Comme Vous-même toutes nues,Dans notre Monde revenues,Vous tenant toutes par les mains.
Vénus, née au bord de la Manche,Pareille à l’Aphrodite blancheQue l’onde aux mortels révéla ;Au bord… où fleurit… la Cabine :Sacré nom… d’une carabine !Quel calibre Vous avez là !
Versification
- Forme
- 25 sizains (sizains)
- Rimes
- 25(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 25 sizains
- Mots à la rime
- a Mythologie / magie féminine, classiqueb singuliers / écoliers masculine, classiquec surnaturelles / querelles féminine, classiquea nuages / voyages féminine, classiqueb phéniciens / chiens masculine, classiquec diane / Diane féminine, classiquea l’adore / encore féminine, classiqueb amants / rapprochements masculine, classiquec belles / ribambelles féminine, classiquea Déesses / prouesses féminine, classiqueb l’avenir / convenir masculine, classiquec farouche / bouche féminine, classiquea l’Immortelle / est-elle féminine, classiqueb Dieux / lieux masculine, classiquec Faunes / jaunes féminine, classiquea plâtre / idolâtre féminine, classiqueb sigisbé / Phœbé masculine, classiquec léthargique / psychologique féminine, classiquea belle / Cybèle féminine, classiqueb calembours / faubourgs masculine, classiquec Halles / cymbales féminine, classiquea Proserpine / épine féminine, classiqueb madrigal / égal masculine, classiquec blesse / Déesse féminine, classiquea Amphitrite / frite féminine, classiqueb poissons / passons masculine, classiquec l’onde / monde féminine, classiquea éponge / songe féminine, classiqueb gants / élégants masculine, classiquec visage / paysage féminine, classiquea êtes / poètes féminine, classiqueb sculpteurs / amateurs masculine, classiquec artistes / coloristes féminine, classiquea serve / Minerve féminine, classiqueb réalité / Beauté masculine, classiquec est-ce / Sagesse féminine, classiquea Astre / désastre féminine, classiqueb puits / suis masculine, classiquec permise / chemise féminine, classiquea fausse / haut-de-chausse féminine, classiqueb Beauté / Vérité masculine, classiquec voile / l’étoile féminine, classiquea lève / rêve féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquec choses / causes féminine, classiquea signe / vigne féminine, classiqueb point masculine, classiquec nomme / pomme féminine, classiquea bizarre / rare féminine, classiqueb côté / beauté masculine, classiquec cuisse / puisse féminine, classiquea Guerre / guère féminine, classiqueb terrain / crins masculine, non classiquec chasseresse / Bougresse féminine, classiquea Serait-ce / Sagesse féminine, classiqueb rougir / d’agir masculine, classiquec mijaurée / éplorée féminine, classiquea drôle / épaule féminine, classiqueb cou / hibou masculine, classiquec Madame / flamme féminine, classiquea cherche / perche féminine, classiqueb cela / voilà masculine, classiquec lasse / grâce féminine, classiquea Grâce / grasse féminine, classiqueb Vous / fous masculine, classiquec beugle / aveugle féminine, classiquea dire / rire féminine, équivalenteb fois / trois masculine, classiquec l’âme / Madame féminine, classiquea naturelle / Elle féminine, classiqueb chemins / mains masculine, classiquec nues / revenues féminine, classiquea Manche / blanche féminine, classiqueb révéla / là masculine, classiquec Cabine / carabine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
150 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources