Valentines, 1922· Autres vers
Saintes femmes
Quelle étoile nous vit‖ donc naître, nous qui sommesLes voleuses de vos‖ cœurs charmants, Enfants-rois ?C’est nous qui vous faisons‖ la cour, ô jeunes hommes,Et vos légèretés‖ nous sont d'atroces croix.
En nous rien des yeux verts‖ de l’amante fatalePar sa jupe épandue‖ en mare de sang noir.Rien des beautés faisant‖ que le désir détaleDevant leurs cœurs repus‖ de vaches au dormoir.
Mais nous nous déclarons‖ d'avance les sujettesDe votre règne aimable‖ ou non, sans nul souciQue celui d'approcher‖ vos mains ; sommes-nous bêtesDe vous bercer, de vous‖ enorgueillir ainsi !
Pour atteindre aux baisers‖ graves de votre bouche,Il nous plaît de braver,‖ dans votre embrassement,Jusques à toi, Baiser‖ déchirant, et toi coucheOù le sang violé‖ s'éperle obscurément.
Mais quand nous vous tenons,‖ Cœurs trop pleins de silences,Nous ne savons, pleurant‖ à vos torts expiés,Que faire du tissu‖ de vos obédiencesUn tapis pour la plante‖ exquise de nos pieds
Aussi trop tôt, mon Dieu !‖ redoutant quelque fraude,Comme un chien, autour des‖ pacages timorés,Notre âme tristement‖ s’en va tourner et rôdeÀ la porte par où‖ vous nous êtes entrés.
Bien qu’offrant à vos nuits‖ ce qu’il faut à ces luttesOù s’exerce le cœur‖ irritable, âcretéDes Baisers, et soupirs‖ rieurs comme des flûtes,Et ventre glorieux‖ de sa stérilité,
Nous vous perdons, malgré‖ nos deux mains maternelles,Mais vous n’emportez pas,‖ pour vos futurs exils,L’orgueil d’avoir éteint‖ nos fécondes prunellesEt bu notre âme humide‖ aux pointes de nos cils.
Donc, homme, errant‖ de créature en créature,Tu viens et tu t’en vas,‖ sans comprendre beaucoupTout ce que nous mettons‖ de céleste impostureÀ te sourire avec‖ deux longs bras à ton cou.
Du reste nous savons‖ l’oubli des RécompensesEt que l’Amour au fond‖ n’est qu’un divin Ennui.Puis notre cœur est plus‖ plein que tu ne le penses,Car une fois au point‖ dans la première nuit,
Lorsque, le sang fouetté‖ d’une crainte immortelle,Les yeux injectés d’or‖ dans un coucher de feu,Nos doigts laissent fuir nos‖ pantalons de dentelle,Votre sourire est plein‖ d’infinis, il est Dieu.
Après tout, nous ferons‖ des morts saintes, ciliceSous l’épaule, allongeant‖ nos deux mains sur le drap,Quand nous avalerons‖ l’hostie avec délice,Notre amour pour un Autre‖ alors s’élargira ;
Car nous croyons à tes‖ beautés spirituelles,Ô Jésus, et que seul‖ tu donnes sans rancœursLe dernier mot des sens‖ aux Immatérielles,Toi l’Éternel, toi le‖ plus riche Amant des Cœurs !
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a sommes / hommes féminine, classiqueb Enfants-rois / croix masculine, classiquea fatale / détale féminine, classiqueb noir / dormoir masculine, classiquea sujettes / bêtes féminine, classiqueb souci / ainsi masculine, classiquea bouche / couche féminine, classiqueb embrassement / obscurément masculine, classiquea silences / obédiences féminine, classiqueb expiés / pieds masculine, classiquea fraude / rôde féminine, classiqueb timorés / entrés masculine, classiquea luttes / flûtes féminine, classiqueb âcreté / stérilité masculine, classiquea maternelles / prunelles féminine, classiqueb exils / cils masculine, classiquea créature / imposture féminine, classiqueb beaucoup / cou masculine, non classiquea Récompenses / penses féminine, classiqueb Ennui / nuit masculine, non classiquea immortelle / dentelle féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea cilice / délice féminine, classiqueb drap / s’élargira masculine, non classiquea spirituelles / Immatérielles féminine, classiqueb rancœurs / Cœurs masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources