Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1775‑1806· Poésies érotiques· Livre troisième

IV. Ma retraite

Évariste de Parny· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 55 vers

Solitude heureuse et champêtre,Séjour du repos le plus doux,La raison me ramène à vous ;Recevez enfin votre maître.Je suis libre ; j'échappe‖ à ces soins fatigans,A ces devoirs jaloux‖ qui surchargent la vie.Aux tyranniques lois‖ d'un monde que j'oublieJe ne soumettrai plus‖ mes goûts indépendans.Superbes orangers,‖ qui croissez sans culture,Versez sur moi vos fleurs,‖ votre ombre, et vos parfums ;Mais surtout dérobez‖ aux regards importunsMes plaisirs, comme vous‖ enfans de la nature.On ne voit point chez moi‖ ces superbes tapisQue la Perse à grands frais‖ teignit pour notre usage ;Je ne repose point‖ sous un dais de rubis ;Mon lit n'est qu'un simple feuillage.Qu'importe ? le sommeil‖ est-il moins consolant ?Les rêves qu'il nous donne‖ en sont-ils moins aimables ?Le baiser d'une amante‖ en est-il moins brûlant,Et les voluptés moins durables ?Pendant la nuit, lorsque je peuxEntendre dégoutter la pluie,Et les fils bruyans d'OrythieÉbranler mon toit dans leurs jeux ;Alors si mes bras amoureuxEntourent ma craintive amie ;Puis-je encor former d'autre vœux ?Qu'irais-je demander aux dieux,A qui mon bonheur fait envie ?Je suis au port, et je me risDe ces écueils où l'homme échoue.Je regarde avec un sourisCelte fortune qui se joueEn tourmentant ses favoris ;Et j'abaisse un œil de méprisSur l'inconstance de sa roue.

La scène des plaisirs‖ va changer à mes yeux.Moins avide aujourd'hui,‖ mais plus voluptueux,Disciple du sage Épicure,Je veux que la raison‖ préside à tous mes jeux.De rien avec excès,‖ de tout avec mesure ;Voilà le secret d'être heureux.Trahi par ma jeune maîtresse,J'irai me plaindre à l'Amitié,Et confier à sa tendresseUn malheur bientôt oublié.Bientôt ? oui, la raison‖ guérira ma faiblesse.Si l'ingrate Amitié‖ me trahit à son tour,Mon cœur navré long-temps‖ délestera la vie ;Mais enfin consolé‖ par la philosophie,Je reviendrai peut-être‖ aux autels de l'Amour.La haine est pour moi trop pénible ;La sensibilité‖ n'est qu'un tourment de plus :Une indifférence paisibleEst la plus sage des vertus.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abba] 4[abab] 1[abaab] 1[ababccb] 1[aa] 1[ababa]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (31 de 8, 24 de 12)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a champêtre / maître féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquec fatigans / indépendans masculine, classiqued vie / j'oublie féminine, classiquee culture / nature féminine, classiquef parfums / importuns masculine, classiqueg tapis / rubis masculine, classiqueh usage / feuillage féminine, classiquei consolant / brûlant masculine, classiquej aimables / durables féminine, classiquek peux / jeux masculine, classiquel pluie / d'Orythie féminine, classiquem amoureux / vœux / dieux masculine, classiquen amie / envie féminine, classiqueo ris / souris masculine, classiquep échoue / joue / roue féminine, classiqueq favoris / mépris masculine, classiquea yeux / voluptueux masculine, classiqueb Épicure / mesure féminine, classiquec jeux / heureux masculine, classiqued maîtresse / tendresse / faiblesse féminine, classiquee l'Amitié / oublié masculine, classiquef tour / l'Amour masculine, classiqueg vie / philosophie féminine, classiqueh pénible / paisible féminine, classiquei plus / vertus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Parny, tome I, Paris, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS, 1831· numérisation gallica.bnf.fr· Sources