Œuvres complètes, 1775‑1806· Les déguisemens de vénus
Tableau Xxviii
Le sombre Pluton sur la terreÉtait monté furtivement.De quelque Nymphe solitaireIl méditait l'enlèvement.De loin le suivait son épouse :Son indifférence est jalouse.Sa main encor cueillait la fleurQui jadis causa son malheur :Il renaissait dans sa pensée.Myrtis passe : il voit ses attraits,Et la couronne de cyprèsA ses cheveux entrelacée.Il se prosterne ; d'une mainElle fait un signe ; et soudainRemonte sur son char d'ébène.Près d'elle est assis le berger.Les coursiers noirs d'un saut légerOnt déjà traversé la plaine.Ils volent ; des sentiers désertsLes conduisent dans les enfers.Du Slyx ils franchissent les ondes :Caron murmurait vainement ;Et Cerbère sans aboîmentOuvrait ses trois gueules profondes,Le berger ne voit point Minos,Du Destin l'urne redoutable,D'Alecton le fouet implacable,Ni l'affreux ciseau d'Alropos.Avec prudence ProserpineLe conduit dans un lieu secret,Où Pluton, admis à regret,Partage sa couche divine.Myrtis baise ses blanches mains :La presse d'une voix émue,Et la déesse demi-nueSe penche sur de noirs coussins.
Elle craint un époux barbare :Le berger quitte le Tartare.Par de longs sentiers ténébreuxIl remonte et sa main profaneOuvre la porte diaphaneD'où sortent les Songes heureux.Morphée a touché sa paupière ;Elle dort sous l'ombrage frais.Des Zéphyrs l'aile familièreDévoile ses charmes secrets.Myrtis vient, ô douce surprise !« Hier, au temple de Vénus,Dit-il, j'ai fléchi ses refus :Dérobons la faveur promise…Non, je respecte son sommeil ;J'aurai le baiser du réveil. »Il voit un bouquet auprès d'elle ;Des roses il prend la plus belle ;Avec adresse, avec lenteur,Sa main la place sur l'ébène,Et sa bouche baise la fleur.Il s'éloigne alors, non sans peine,Et se cache dans un buisson,D'où sort un léger papillon.L'insecte léger voit la rose,Un moment sur elle se pose,Puis s'envole, et fuit sans retour.Myrtis dit tout bas : « C'est l'Amour. »
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abab] 10[aa] 8[abba]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a terre / solitaire féminine, classiqueb furtivement / l'enlèvement masculine, classiquec épouse / jalouse féminine, classiqued fleur / malheur masculine, classiquee pensée / entrelacée féminine, classiquef attraits / cyprès masculine, classiqueg main / soudain masculine, classiqueh d'ébène / plaine féminine, classiquei berger / léger masculine, classiquej déserts / enfers masculine, classiquek ondes / profondes féminine, classiquel vainement / aboîment masculine, classiquem Minos / d'Alropos masculine, classiquen redoutable / implacable féminine, classiqueo Proserpine / divine féminine, classiquep secret / regret masculine, classiqueq mains / coussins masculine, classiquer émue / demi-nue féminine, classiquea barbare / Tartare féminine, classiqueb ténébreux / heureux masculine, classiquec profane / diaphane féminine, classiqued paupière / familière féminine, classiquee frais / secrets masculine, classiquef surprise / promise féminine, classiqueg Vénus / refus masculine, classiqueh sommeil / réveil masculine, classiquei d'elle / belle féminine, classiquej lenteur / fleur masculine, classiquek l'ébène / peine féminine, classiquel buisson / papillon masculine, classiquem rose / pose féminine, classiquen retour / l'Amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Parny, tome I, Paris, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS, 1831· numérisation gallica.bnf.fr· Sources