Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
A M. le comte Alfred de Vigny
Alors qu’aux temps marqués, paraissent ces comètesQui laissent dans les airs flotter leurs longs cheveux,La terre s’en émeut, et les foules, muettes,De leurs doigts allongés se les montrent aux cieux.
Tels, dans la nuit des temps, quand passent des poëtesCreusant dans l’azur sombre un cercle lumineux,Aux rayons enflammés qui tombent de leurs têtes,Tout l’univers debout les suit longtemps des yeux.
De Vigny, c’est le sort que le Seigneur vous garde ;Dès aujourd’hui déjà le monde vous regarde,Mais vous devez surtout briller dans l’avenir.
Quant à moi, je le sais, je suis ce météore,Allumé dans la nuit, éteint avant l’aurore ;On m’accorde un coup d’œil, mais pas un souvenir.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources