Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
A ma mère
Quand le sombre Océan monte, il frappe sans trêveTout rocher qui lui fait obstacle vers la grève,Puis, d’un bond écumeux engloutissant l’écueil.Court à son lit de sable, en hennissant d’orgueil.Ainsi depuis un an le flux de la misère,Grossissant chaque jour, me bat avec colère,Impatient de l’heure où son impur limonCouvrira pour jamais mon cadavre sans nom.Pour retarder l’instant de cette mort infâme,Qui fait peur à mon corps et fait honte à mon âme,Je gravis où je puis, toujours suivi des eaux,Et mon bras se fatigue à faire des signaux ;Car souvent je crois voir, à l’horizon qui fume,Une voile blanchir au milieu de la brume,Et mon front s’éclaircit à l’espoir d’un secours.Mais l’immense Océan reste vide toujours !
ÉMILE PÉHANT, — Un Cimetière, poèmes inédits.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources