Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
A mme Dorval
APRÈS LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION D’UNE LIAISON
Madame, est-ce l’auteur, dont la vanité folleCroyait digne de vous son talent trivial ?Ou quelque orgueil jaloux voulait-il, déloyal,Sous des habits grossiers avilir notre idole ?
Eh ! qu’importe ? votre âme a percé votre rôleEt tout Paris hier vous a vue, ô Dorval,Toujours belle, grandir sur un vil piédestal,Et sous un masque abject garder votre auréole.
Oui, sans doute, le lac qui dort tranquille et pur,Dans son flot de cristal réfléchit mieux l’azurEt les étoiles d’or d’un beau ciel qu’on admire :
Cependant, même au fond du puits le plus bourbeux,Lorsque notre œil se penche, il voit encor reluireLes astres toujours d’or et les cieux toujours bleus.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources