Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Deux malheureux
Il fait grand froid ! Elle est toute courbée en deux,Et, cachant dans son sein sa face violette,Elle claque des dents, et la pauvre âme est prêteA pleurer, mais les pleurs sont glacés dans ses yeux.
Lui, dévorant — muet — ses pensers douloureux,Sur le bord de son lit laisse tomber sa tête ;On voit qu’il vit encore, à son flanc qui halette,Mais un mort dans sa bière est moins silencieux.
Ils ont faim, ils ont soif, et leur chambre est humide :Or ils n’ont pas de pain ; or dans leur foyer vide,Où s’engouffre le vent, on ne voit pas de feu.
Et songer que, pendant qu’ils meurent de misère,D’autres de voluptés s’enivrent à plein verre ! ! !N’importe, leur douleur ne maudira pas Dieu.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources