Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Espérance
Qui donc s’interdirait, comme moi, le blasphème,S’il comptait, comme moi, ses jours par ses malheurs ;Si, comme moi, surtout, il n’espérait pas mêmeUn rayon de soleil pour essuyer ses pleurs ?
Mais, moi, j’ai pleine foi dans le Maître suprême :Quoiqu’il ait à ma route ôté toutes ses fleurs,Je marche résigné ; car je suis sûr qu’il m’aimeEt qu’un jour sa bonté me paîra mes douleurs.
J’ai crié, j’ai maudit, trompé par l’apparence ;Mais mon esprit s’épure et, dans chaque souffrance,Des voluptés du ciel voit germer le trésor.
J’appris d’une tulipe à percer ce mystère :Ce n’est qu’un vil ognon qu’octobre enfonce en terre ;Mai nous donne une fleur toute de pourpre et d’or !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources