Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Hésitation
Triste, j’ai dit à Dieu, qui m’a fait son prophète :« Pourquoi m’as-tu chargé d’aller prêcher ta loi ?Je ne suis qu’un enfant ; à peine ai-je la foi ;Fais ma voix plus puissante ou laisse-la muette.
» Tous ceux à qui je dis que ta foudre s’apprête,Ne voyant à mon front aucun signe de toi,Ou ne m’écoutent pas, ou se raillent de moi :Et le vice toujours marche en levant la tête. »
Or Dieu m’a répondu : « Cesse ta plainte, enfant ;J’imprimerai mon sceau sur ton front triomphant.Va donc, et qu’à ta voix toute chair s’humilie. »
Voilà pourquoi je vais criant dans la cité.Mais je m’épuise en vain : les hommes — ô folie !A plus longs traits encor boivent l’iniquité.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources