Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
La grande consolatrice
Couché, près d’un bon feu, dans mon vaste fauteuil,Je fume, et me voilà le plus heureux des hommes.Mon souffle crée et pousse au ciel de bleus fantômesNouant et dénouant leurs chœurs, que suit mon œil.
Clairs sommets de la gloire enviés par l’orgueil,Coffres toujours béants pour de nouvelles sommes,Et toi, tyran cruel de tous tant que nous sommes,Amour, par qui notre âme est si souvent en deuil :
Combien je vous dédaigne en ces heures de calme !Oui, m’offrît-on de l’or, des baisers, une palme,Je doute qu’on me vit vers ces biens m’élancer ;
Je sais trop que l’amour, la gloire et la fortuneAllument dans l’esprit une fièvre importune.La pipe seule endort le tourment de penser.
Nantes, novembre 1839.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources