Chants canadiens, 1880
Aux défenseurs oubliés de la Patrie
De dévouements obscurs notre histoire est remplie,Et je songe toujours avec mélancolieA l’oubli criminel que nous avons pour ceuxQui sont, simples soldats, nos pères, nos aïeux.Réparons sans tarder les dédains de l’histoire ;Aux humbles défenseurs de notre territoireAux preux obscurs tombés sans jactance et sans peurD’un merveilleux passé nous devons la splendeur.Ces robustes guerriers, compagnons de nos gloires,Ont scellé de leur sang nos plus belles victoires ;Chacun d’eux a laissé, deux fois enseveli,A la terre sa cendre et son nom à l’oubli.Puisqu’ils ont partagé nos suprêmes alarmesEt, du nord au midi, fait resplendir nos armes,Du soleil qui brillait aux champs de CarillonSur eux laissons tomber un immortel rayon !Ainsi qu’aux grands vaincus de mil sept cent soixante,Il faut que la Patrie enfin reconnaissanteÉlève un mausolée à ces braves soldatsQui traversaient vainqueurs deux siècles de combats !Qu’un granit imposant, sévère architecture,Honore les héros tombés sans sépulture ;Que la Patrie y grave un vers religieux :A tous mes défenseurs obscurs mais glorieux !
En attendant le jour de l’œuvre expiatoire,Poète, obscur comme eux, à leur chère mémoireJ’élève avec orgueil cet humble monument
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chants canadiens à l’occasion du 24 juin 1880, Québec, P.-G. DELISLE, 1880· numérisation books.google.fr· Sources