Sous les pins, 1902
Où vas-tu ?
Où vas-tu donc, cher petit livre,Si frais, si neuf, si pomponné ?Pourquoi cette fièvre de vivre ?‒ Je vais rejoindre mon aîné.
Mais demander à chaque porteLe pain de l’hospitalité,Oh ! sais-tu que c’est dur ? — Qu’importe !Si l’on me place à son côté.
Ne crains-tu point l’indifférence,Du barde l’ordinaire écueil ?‒ Grâce à l’aîné, j’ai l’espéranceDe recevoir un bon accueil.
Pourtant je crains que ton cœur saigne ;Que tu me reviennes confus…‒ En m’adressant à bonne enseigneJ’éviterai bien des refus,
Car mon aîné, leçon de choses,M’a dit, pour m’épargner l’affront,Les portes qui resteront closesEt celles-là qui s’ouvriront.
Qu’on me rebute ou qu’on m’acclame,Tout bas, je bénirai mon sort,Pourvu qu’un noble cœur de femmeEn me lisant batte plus fort.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources