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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1827

Craintes et vœux

Jean Polonius· strophes variées, octosyllabes, 64 vers

Who would check the happy feeling
That inspire the linnet’s song ?
Rho would stop the swallow, wheeling
On her pinions swift and strong ?Wordsworth, .

Tu fuis mes pas, beauté légère !Inhabile à te retenir,Dans le tumulte du plaisirMa voix, expire solitaire.Comme l’enfant, dans son ardeur,Échappé des bras de sa mère,Se jette au-devant de la fleurQue lui présente une étrangère,Ainsi, t’élançant loin de moiSur les ailes de l’espérance,Tu tends les bras à l’existence,Qui s’ouvre immense devant toi.

Un jour viendra, que de ce monde,Aujourd’hui si paré d’attraits,Ton œil tremblant verra de prèsTous les écueils cachés sous l’onde.Tu sauras ce qu’il faut penserDe ces hommes vains et frivoles,De ces femmes, dont les parolesVont te séduire et l’abuser.Tu sauras que ce sexe aimable,Pour nous si doux, si généreux,Envers lui-même impitoyable,Poursuit d’une haine implacableLa beauté qu’admirent nos yeux ;Que l’amitié, dans une femme,Toujours sœur de la vanité,Vain météore, éclair sans flamme,Meurt où naît la rivalité.Tu connaîtras cet art suprêmeDe déguiser tout ce qu’on est ;De sembler fuir ceux que l’on aime,Et de sourire à ceux qu’on hait ;Ces demi-mots, ce froid silence,Ces regards faux ou détournés,Ces gestes seuls, dont l’éloquenceVaut mille traits empoisonnés ;Ce fiel brûlant de l’ironie,Qui des prestiges de la vieAime à sécher toutes les fleurs,Et la haine, et la jalousie,Et les dédains, et les aigreurs,Et cette aride indifférence,Qui passe, et laisse l’innocenceSous les pieds de ses oppresseurs !…Mais pourquoi d’un présage sombreEffrayer ton cœur enfantin ?Que sert-il de voiler d’une ombreLe beau soleil de ton matin ?Qui voudrait troubler l’hirondelle,Quand, rasant l’écume des eaux,Sur le lac, à l’aube nouvelle,Elle joue, en battant de l’aile,Avec les rayons et les flots ?Jouis, jouis dans l’ignorance,D’une erreur qui va s’envoler ;Ris à ce monde qui t’encense ;La rose est faite pour briller.Ah ! puisses-tu ne pas, comme elle,Quand du roc qui la vit fleurirUne main avide et cruelleVient l’arracher et la flétrir,Dire un jour avec un soupir :« Malheur, malheur à qui naît belle ! »

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
4[abba] 6[abab] 2[abaab] 1[aababccb] 1[ababba]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a légère / solitaire féminine, classiqueb retenir / plaisir masculine, classiquec ardeur / fleur masculine, classiqued mère / étrangère féminine, classiquee moi / toi masculine, classiquef l’espérance / l’existence féminine, classiquea monde / l’onde féminine, classiqueb d’attraits / près masculine, classiquec penser / l’abuser masculine, classiqued frivoles / paroles féminine, classiquee aimable / impitoyable / implacable féminine, classiquef généreux / yeux masculine, classiqueg femme / flamme féminine, classiqueh vanité / rivalité masculine, classiquei suprême / aime féminine, classiquej est / hait masculine, classiquek silence / l’éloquence féminine, classiquel détournés / empoisonnés masculine, classiquem l’ironie / vie / jalousie féminine, classiquen fleurs / aigreurs / oppresseurs masculine, classiqueo indifférence / l’innocence féminine, classiquep sombre / ombre féminine, classiqueq enfantin / matin masculine, classiquer l’hirondelle / nouvelle / l’aile féminine, classiques eaux / flots masculine, classiquet l’ignorance / t’encense féminine, classiqueu s’envoler / briller masculine, classiquev elle / cruelle / belle féminine, classiquew fleurir / flétrir / soupir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources