Poésies, 1827
Marine
La vie humaine est une riveOù, sur le bord, nous attendonsQu’à son retour le flux arriveLaver l’empreinte fugitiveDes pas qu’en vain nous y traçons.
Le ciel est bleu, la, mer est belle,Zéphyrs, oiseaux prennent l’essor ;Mais lorsque aux jeux tout nous appelle,Le bruit de la vague éternelle,De loin, se fait entendre encor.
Au bord de l’onde menaçante,Les faibles humains répandusVont se jouant sans épouvante,Comme une troupe insoucianteD'enfants ensemble confondus.
Ceux-ci, sur les rochers sauvages,Grimpent d’un pied aventureux ;Ceux-là, courant le long des plages,Poursuivent l’ombre des nuagesQui fuit et glisse devant eux.
Avec les sables de la grève,L’un dresse un frêle monument ;Puis tout à coup le vent se lève,Et vient disperser, comme un rêve,Son édifice d’un moment.
Un autre, aux vagues qu’il tourmente,Lance les pierres de leurs bords,Comme si l’oncle indifférenteAllait reculer d’épouvanteDevant ses risibles efforts.
Sur cet écueil, au front stérile,Dont la mer laisse à nu les flancs,Voyez lutter ce groupe agile,À qui, du sommet immobile,Restera maître plus longtemps.
L’un tombe, un autre le remplace ;Que de combats ! que de clameurs !Pour s’arracher un faible espaceQue bientôt l’onde qui s’amasseAura repris sur les vainqueurs !
Et toi, sous ce roc solitaire,Que fais-tu là, sans compagnon ?Dans les entrailles de la pierre,Ta main, en frêle caractère,Grave les lettres de ton nom.
En vain la troupe qui t’appelleT’invite à ses joyeux ébats :En vain l’air luit, l’onde étincelle ;Dans l’antre noir qui te recèle,Tu ne vois pas, tu n’entends pas.
Creuse, travaille, use la pierre !Perds le temps à t’éterniser,Jusqu’à l’heure où la vague amère,Du fond de ton obscur repaire,À grand bruit te viendra chasser.
Un an, deux ans, la mer encoreRespectera ton souvenir,En revenant, à chaque aurore,Laver le pied du roc sonore,Jusqu’où l’écume va mourir.
Mais si, miné par l’eau mordante,Ce même roc s’use à son tour ;Si, sous les coups de la tourmente,Sa masse, au loin retentissante,Dans l’Océan s’abîme un jour…
Des compagnons de ton jeune âgeSuivant l’exemple et le conseil,N’est-il pas mieux d’aller, plus sage,Avec eux tous, sur le rivage,Courir ou t’asseoir au soleil ?
Versification
- Forme
- 14 quintils (quintils)
- Rimes
- 14(abaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quintils
- Mots à la rime
- a rive / arrive / fugitive féminine, classiqueb attendons / traçons masculine, classiquea belle / appelle / éternelle féminine, classiqueb l’essor / encor masculine, classiquea menaçante / épouvante / insouciante féminine, classiqueb répandus / confondus masculine, classiquea sauvages / plages / nuages féminine, classiqueb aventureux / eux masculine, classiquea grève / lève / rêve féminine, classiqueb monument / moment masculine, classiquea tourmente / indifférente / d’épouvante féminine, classiqueb bords / efforts masculine, classiquea stérile / agile / immobile féminine, classiqueb flancs / longtemps masculine, classiquea remplace / espace / s’amasse féminine, classiqueb clameurs / vainqueurs masculine, classiquea solitaire / pierre / caractère féminine, classiqueb compagnon / nom masculine, classiquea t’appelle / étincelle / recèle féminine, classiqueb ébats / pas masculine, classiquea pierre / amère / repaire féminine, classiqueb t’éterniser / chasser masculine, classiquea encore / aurore / sonore féminine, classiqueb souvenir / mourir masculine, classiquea mordante / tourmente / retentissante féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea âge / sage / rivage féminine, classiqueb conseil / soleil masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources