La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret
Cabarets du dimanche
Par les déesses et les Dieux !Est-il rien de plus odieuxQue les cabarets, le dimanche,Ou tout autre jour férié ?On rêve d’être expatriéDe l’autre côté de la Manche.
Tous les cafés de bas en haut,Jusqu’au moindre, sont pris d’assautPar une folle clientèle,Dont c’est le seul jour de gala,Et qui, justement pour cela,Y trouve un agrément — dit-elle !
Je veux bien que pour les patronsCe supplément de biberonsSoit une appréciable aubaine ;Mais les clients habituels,Quotidiens, essentiels,C’est ceux-là qui n’ont pas de veine !
Voyez comme ils ont l’air marri.Ils n’ont pas leur coin favori.Il est pris par une famille.Et leur manille, alors ?… Bonsoir !Ils pourraient boire sans s’asseoir,À la rigueur, mais… la manille ?
Et les clients affluent toujours.L’atmosphère, sans nul recours,Devient irrespirable, immonde.Est-ce que, d’ailleurs, un café,Serait-il dix fois occupé,A jamais refusé du monde ?
L’huis ne cesse donc de s’ouvrir,Et les courants d’air de courir.Le patron, tout à sa recette,Installe les nouveaux clientsSur vos genoux conciliants…Il vous en mettrait sur la tête.
J’entends des gens me dire : « Mais,Sale égoïste que tu es,Est-ce qu’un café, somme toute,N’est pas une façon d’endroitNeutre, où tout le monde a le droitDe pénétrer ? » Eh oui ! sans doute.
Je le regrette, voilà tout.Je voudrais que ce fut surtoutLe lieu réservé, solitaire,Où viennent leurs chagrins noyer,Ceux-là qui n’ont pas de foyer,Les obstinés célibataires.
Et j’ajoute encore ceci :Au célibataire endurciLe café tient lieu de famille.Et voilà d’où vient son ennui ;Il se croit harcelé chez lui,Quand le dimanchard y fourmille.
Certes, si tous les caboulotsÉtaient inflexiblement clos,Il se marierait davantage,Quitte — comme je sous-entends —À divorcer de temps en temps…Mais, Piot, le triste avantage !
Versification
- Forme
- 10 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb) 1(aabaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 sizains
- Mots à la rime
- a Dieux / odieux masculine, classiqueb dimanche / Manche féminine, classiquec férié / expatrié masculine, classiquea haut / d’assaut masculine, classiqueb clientèle / dit-elle féminine, classiquec gala / cela masculine, classiquea patrons / biberons masculine, classiqueb aubaine / veine féminine, classiquec habituels / essentiels masculine, classiquea marri / favori masculine, classiqueb famille / manille féminine, classiquec Bonsoir / s’asseoir masculine, classiquea toujours / recours masculine, classiqueb immonde / monde féminine, classiquec café / occupé masculine, classiquea s’ouvrir / courir masculine, classiqueb recette / tête féminine, classiquec clients / conciliants masculine, classiquea Mais / es masculine, classiqueb toute / doute féminine, classiquec d’endroit / droit masculine, classiquea tout / surtout masculine, classiqueb solitaire / célibataires féminine, non classiquec noyer / foyer masculine, classiquea ceci / endurci masculine, classiqueb famille / fourmille féminine, classiquec ennui / lui masculine, classiquea caboulots / clos masculine, classiqueb davantage / avantage féminine, classiquec sous-entends / temps masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources