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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse au cabaret, 1920· Propos de table

Ibsen

Raoul Ponchon· 13 sizains, octosyllabes, 78 vers

À Charles Maurras.

L’œuvre entière du « géant du Nord »
m’apparaît comme un cadavre dans une
chambre d’hôtel meublé, au bas
crépuscule de l’hiver.Léon Daudet.

Ibsen n’est plus ! Sa mort évoqueEn moi cette bizarre époque— Voilà bien des ans… quelque vingtOù la plupart de nos critiquesFirent à son art dramatiqueLe succès que l’on sait. « Enfin !

Disaient-ils — Voici du théâtreProfond, tour à tour et folâtre,Et lumineux comme l’Été. »Alors que c’était, au contraire,Un vrai magma d’ennui polaireEt d’impénétrabilité.

N’importe. Ce théâtre sombre,Compris ou non par le grand nombre,Fut adopté d’un cœur léger ;Au surplus, que de gens, en France,Vont admirant, de confiance,Tout ce qui vient de l’étranger.

Ceux-là — je parle du Vulgaire —De ceux qui ne comprenaient guère,Et disaient : je n’ai pas compris,Étaient renvoyés à leurs douches,Par nos Ibséniens farouches,Et traités de poissons pourris.

On voyait de puissants esthètes,Des « Art nouveau », de fortes têtes,Qui se découvraient tout à coupDes affinités scandinaves,Et bouillonnaient comme des laves,Quand on n’était pas de leur goût.

Ibsen… ce fut là son sort pire !L’emportait autant sur Shakespeare.Qu’ils n’avaient peut-être point lu,Comme fait le Vin sur la lie,Ou bien, ma petite chérie,Sur un nègre d’Honolulu…

Nos classiques, nos romantiquesÉtaient des préjugés gothiques,Pour ces messieurs… du rococo ;Molière, une pauvre guimbarde,Corneille, un fantôme de barde,Le père Hugo, un vieux coco.

Rappelez-vous les snobinettes,Les jeunes Botticellinettes !…Elles eurent tôt établiQue, pour bien comprendre le Maître,Il fallait, au préalable, êtreCoiffée à la Botticelli !

Et toutes ces petites follesPataugeaient emmi les symboles,Comme dans un bain de clarté.Et l’on nous dira que la femmeN’est qu’une toute petite âme…Possible — mais quelle santé !

Cependant, des esprits contraires,Et, dans un sens, plus téméraires,Traitaient Ibsen de turlupin,Disant que son « Canard sauvage »Dont on faisait si grand tapage,N’était, en somme, qu’un… lapin.

J’entends encore feu « notre oncle »Exaspéré comme un furoncle,Notre oncle un peu traînard en Art,Criant, comme un damné de Dante,À l’ibsénité révoltante,Quand on lui posa ce « canard ».

Mon Dieu !… le tout est de s’entendreIbsen, un génie, à tout prendre,Est au dessus de ces débats.Il nous faut garder ce grand hommeDe ceux qui le déifient, commeDe ceux qui n’en font qu’un repas.

Quoi qu’il en soit, ce vieux burgraveBrille au firmament scandinave.Mais si, pour nous, Français, il luitComme un soleil, et nous transporte,Ce ne doit être, en quelque sorte,Que comme un « soleil de minuit. »

1906.

Versification

Forme
13 sizains (sizains)
Rimes
13(aabccb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
13 sizains
Mots à la rime
a évoque / époque féminine, classiqueb vingt / Enfin masculine, non classiquec critiques / dramatique féminine, non classiquea théâtre / folâtre féminine, classiqueb l’Été / d’impénétrabilité masculine, classiquec contraire / polaire féminine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb léger / l’étranger masculine, classiquec France / confiance féminine, classiquea Vulgaire / guère féminine, classiqueb compris / pourris masculine, classiquec douches / farouches féminine, classiquea esthètes / têtes féminine, classiqueb coup / goût masculine, non classiquec scandinaves / laves féminine, classiquea pire / Shakespeare féminine, classiqueb lu / d’Honolulu masculine, classiquec lie / chérie féminine, classiquea romantiques / gothiques féminine, classiqueb rococo / coco masculine, classiquec guimbarde / barde féminine, classiquea snobinettes / Botticellinettes féminine, classiqueb établi / Botticelli masculine, classiquec Maître / être féminine, classiquea folles / symboles féminine, classiqueb clarté / santé masculine, classiquec femme / âme féminine, classiquea contraires / téméraires féminine, classiqueb turlupin / lapin masculine, classiquec sauvage / tapage féminine, classiquea oncle / furoncle féminine, classiqueb Art / canard masculine, classiquec Dante / révoltante féminine, classiquea s’entendre / prendre féminine, classiqueb débats / repas masculine, classiquec homme / comme féminine, classiquea burgrave / scandinave féminine, classiqueb luit / minuit masculine, classiquec transporte / sorte féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources