La muse au cabaret, 1920· Propos de table
La fête du terme
Oh ! ce n’est pas la bacchanaleDe la Fête nationale,Avec des pistons, des tambours,Non plus de lampions, de palmes,C’est une fête des plus calmes,Sans bastringues dans les faubourgs.
Cette fête n’est pas mobile.Elle est carrément immobile.Chaque saison elle revient,Soit en ces mois de pur opprobre,Janvier, avril, juillet, octobre.Et le Pape n’y pourrait rien.
Elle n’est du tout populaire.Elle est même tout le contraire,Et ne vaut pas une chanson.Et que si — le Ciel la confonde !Elle intéresse tout le monde,Ce n’est pas de même façon.
Cette fête bizarre, étrange,Disons en un seul mot bitrangeA ceci de particulier,Et qui fait sangloter la Muse,Que pour un être qu’elle amuse,Elle en mécontente un millier.
Elle est donc loin d’être parfaite.C’est plutôt une demi-fête,C’est la fête du Terme, quoi !…— S’il faut par son nom qu’on la nommeMais tu ne saurais, mon bonhomme,T’y soustraire, non plus que moi.
Le quinze est le jour fixe et ferme,Ou l’on célèbre ce dieu « Terme »,Jusque dans le moindre taudis.Et voici, s’il faut que j’insiste,En quoi cette fête consiste :Le matin donc du jour susdit,
Ton concierge chez toi s’empresseÀ la quatrième vitesse,Sa calotte grecque à la main,Et le sourire sur l’oreille.— Bienheureux s’il ne te réveille ! —Te tend un vague parchemin.
Ce n’est qu’un papier, en l’espèce,Qu’en retour de quelques espèces,Il t’abandonne volontiers.Et tout aussitôt il les porteÀ peine a-t-il passé ta porte,Chez son patron, puissant rentier.
Alors, plus riche que la veille,Celui-ci boit une bouteilleDe son meilleur… à ta santé !Et donc, tu vois bien, pauvre type,Que, de ce fait, tu participesÀ la fête, en réalité.
Tu la trouves un peu sévère,Pour toi, qui n’as rien dans ton verre,Cette fête ?… Mais qu’un chacunAyant vidé sa tire-lire,N’y trouve pas matière à rire,Elle amuse toujours quelqu’un.
Versification
- Forme
- 10 sizains (sizains)
- Rimes
- 10(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 sizains
- Mots à la rime
- a bacchanale / nationale féminine, classiqueb tambours / faubourgs masculine, classiquec palmes / calmes féminine, classiquea mobile / immobile féminine, classiqueb revient / rien masculine, non classiquec opprobre / octobre féminine, classiquea populaire / contraire féminine, classiqueb chanson / façon masculine, classiquec confonde / monde féminine, classiquea étrange / bitrange féminine, classiqueb particulier / millier masculine, classiquec Muse / amuse féminine, classiquea parfaite / demi-fête féminine, classiqueb quoi / moi masculine, classiquec nomme / bonhomme féminine, classiquea ferme / Terme féminine, classiqueb taudis / susdit masculine, non classiquec j’insiste / consiste féminine, classiquea s’empresse / vitesse féminine, classiqueb main / parchemin masculine, classiquec l’oreille / réveille féminine, classiquea l’espèce / espèces féminine, non classiqueb volontiers / rentier masculine, non classiquec porte féminine, classiquea veille / bouteille féminine, classiqueb santé / réalité masculine, classiquec type / participes féminine, non classiquea sévère / verre féminine, classiqueb chacun / quelqu’un masculine, classiquec tire-lire / rire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources