La muse au cabaret, 1920· Propos de table
La politesse est morte
À Adrien Sporck.
Politesse de nos‖ aïeux, vous êtes morte,Il paraît. On le dit.Vous êtes tout au moins,‖ chez nous, en quelque sorteTombée en discrédit.
Je parle de la politesse‖ envers le sexe,Il est bien entendu.L’autre, de celle-ci,‖ n’est guère qu’une annexeSinon du temps perdu.
On peut se demander‖ pourtant, non sans tristesse,Et pour se consoler,Si les femmes toujours —‖ en fait de politesse —Ont le droit de parler ?…
Pas toujours. Tenez, hier,‖ et par des temps infâmes,J’étais dans un tramwayArchi-complet, rempli‖ de jeunes gens, de femmes,Plus un vieil homme, moué.
Or, à l’un des arrêts‖ de notre itinéraire,Le chauffeur s’arrêta.Et personne ne descendit.‖ Bien au contraire,Une dame monta,
Qui dut se contenter‖ de l’humble plate-forme,En attendant que l’unDe nous voulût bien lui‖ céder, selon la norme,Sa place assise… Aucun
N’y songeait, surtout moi,‖ je dois le reconnaître.Par un temps hivernal,Pensez-vous ?… Mes voisins,‖ de même, affectaient d’êtrePlongés dans leur journal.
Est-ce qu’elle était jeune‖ ou mûre, ou davantage…Je n’en sais, ma foi, rien,« Le sexe, dans ce cas,‖ direz-vous, n’a pas d’âge. »Eh ! parbleu ! J’entends bien…
Oui, mais, je me trouvais,‖ ce jour-là, d’aventure,Grippé jusqu’à la mort,Et je n’avais sur moi,‖ pour toute couverture,Que l’âpre vent du Nord.
Puis, étant le doyen‖ des voyageurs — songeais-je —Je ne vois pas pourquoi,Plutôt que ces messieurs,‖ je quitterais mon siège ;Je me tenais donc coi,
Et pendant ce temps-là,‖ la pauvre créature,Comme bien vous pensez,Lançait, à tout ce monde‖ occupant la voiture,Des regards courroucés.
« Qu’il ne se trouve pas —‖ semblait-elle nous dire —Un homme assez galant,Parmi vous tous, pour prendre‖ en pitié mon martyre,C’est un peu violent.
Il ne s’en trouvait point.‖ Devant tant d’égoïsme,Tant d’inhumanité,Moi, qui ne pousse pas‖ jusques au fanatismeLe soin de ma santé,
Quitte à crever de froid,‖ je quittai donc ma place,Et je la lui cédai.La dame aurait bien pu,‖ je crois, me rendre grâceDe mon bon procédé…
Il n’en fut rien. Bien mieux,‖ la maudite pécore,Tout en me bousculant,Me dit : « C’est pas trop tôt !‖ » Aussi, j’en suis encoreComme « deux ronds de flan. »
C’est bon… à l’avenir,‖ je jure bien, bagasse !De n’être plus si sot,Madame, et si jamais‖ je vous cède ma place,Eh bien, il fera chaud !
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (32 de 6, 32 de 12)· profil 6, 6=6
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a morte / sorte féminine, classiqueb dit / discrédit masculine, classiquea sexe / annexe féminine, classiqueb entendu / perdu masculine, classiquea tristesse / politesse féminine, classiqueb consoler / parler masculine, classiquea infâmes / femmes féminine, classiqueb tramway / moué masculine, classiquea itinéraire / contraire féminine, équivalenteb s’arrêta / monta masculine, classiquea plate-forme / norme féminine, classiqueb l’un / Aucun masculine, classiquea reconnaître / d’être féminine, classiqueb hivernal / journal masculine, classiquea davantage / d’âge féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea d’aventure / couverture féminine, classiqueb mort / Nord masculine, classiquea songeais-je / siège féminine, classiqueb pourquoi / coi masculine, classiquea créature / voiture féminine, classiqueb pensez / courroucés masculine, classiquea dire / martyre féminine, classiqueb galant / violent masculine, classiquea d’égoïsme / fanatisme féminine, classiqueb d’inhumanité / santé masculine, classiquea place / grâce féminine, classiqueb cédai / procédé masculine, classiquea pécore / encore féminine, classiqueb bousculant / flan masculine, équivalentea bagasse / place féminine, classiqueb sot / chaud masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources