La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret
Nourriture électrique
À Émile Henriot.
Le docteur américain Rutherford
prétend qu’on peut se nourrir
avec des pilules. Un autre docteur
avec de l’électricité.
Bien que je vous admire fort,Dites-moi, docteur Rutherford ;Pour être Américaine,Votre invention de ce jour,N’est guère, à parler sans détour,Qu’une vieille rengaine.
Déjà l’illustre BerthelotCaressait ce projet falot,Si j’ai bonne mémoire,De nous doter chimiquementD’un définitif aliment,Complet et péremptoire.
Il s’agissait d’un compriméDe je ne sais quoi, renferméAu cœur d’une pilule,Non plus grosse qu’un grain de mil,Remplaçant tout autre mets vil,Absurde et ridicule.
C’était assez ingénieux,Mais depuis on a trouvé mieux ;Car, cet autre empiriquePrétend sur vous deux renchérir.Il compte avant peu nous nourrirDe courants électriques !
Les restaurants, les cabaretsDu coup ne feraient plus leurs frais,Avec ces rocamboles ;— Il serait bon d’y réfléchir —Alors qu’on verrait s’enrichirLes seuls pharmacopoles.
Il est évident que ç’auraitUn immédiat intérêt,Pour l’être lamentable,Assez abandonné des Dieux,Pour se montrer incurieuxDes plaisirs de la table.
Mais pensez-vous qu’à tout jamaisC’en serait fini des gourmets ;Quand ils admettraient même,Pour bercer un instant leur faim,En guise de viande et de pain,Ces « courants » de carême ?
Qu’est-ce là pour leur estomac ?De même que le cinéma,Encore que folâtre,N’est pas un aliment completPour le cerveau de qui se plaîtAux choses de théâtre ;
Tel mets ne devient éloquent,Ne vous semble-t-il pas ? que quandLa faim est satisfaite.« C’est alors, sans être assouvis,Que les beaux mangeurs sont ravis,Et commencent la fête.
Et donc, ces courants ne serontGuère pour eux qu’un éperonÀ manger comme à boire,À faire un excellent repas.Et voilà bien, n’en doutez pas,Le fin mot de l’histoire.
Versification
- Forme
- 10 sizains (sizains)
- Rimes
- 10(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes et hexasyllabes (40 de 8, 20 de 6)· profil 6, 8
- Strophes
- 10 sizains
- Mots à la rime
- a fort / Rutherford masculine, classiqueb Américaine / rengaine féminine, classiquec jour / détour masculine, classiquea Berthelot / falot masculine, classiqueb mémoire / péremptoire féminine, classiquec chimiquement / aliment masculine, classiquea comprimé / renfermé masculine, classiqueb pilule / ridicule féminine, classiquec mil / vil masculine, classiquea ingénieux / mieux masculine, classiqueb empirique / électriques féminine, non classiquec renchérir / nourrir masculine, classiquea cabarets / frais masculine, classiqueb rocamboles / pharmacopoles féminine, classiquec réfléchir / s’enrichir masculine, classiquea ç’aurait / intérêt masculine, classiqueb lamentable / table féminine, classiquec Dieux / incurieux masculine, classiquea jamais / gourmets masculine, classiqueb même / carême féminine, classiquec faim / pain masculine, classiquea estomac / cinéma masculine, non classiqueb folâtre / théâtre féminine, classiquec complet / plaît masculine, classiquea éloquent / quand masculine, classiqueb satisfaite / fête féminine, classiquec assouvis / ravis masculine, classiquea seront / éperon masculine, non classiqueb boire / l’histoire féminine, classiquec repas / pas masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.5
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources