La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret
Préambule
Il me paraît incontestable,Après mûre réflexion,Que des seuls plaisirs de la tableVient la Civilisation.
Ainsi, quand à nos bons ancêtresLe mystère fut révélé,Du vin suave, aussi du blé,Ils en firent des dieux champêtres ;Les adorèrent tant et plusSous les noms dé Cérès, Bacchus…Et voilà, sans le moindre doute,La première religion.Elle en vaut d’autres, somme toute,Et j’en suis à l’occasion.
Les hommes, allant à la chasse,Les femmes — la petite classe —Cuisinaient, comme de raisonSi l’on peut dire… à la maison.Et quand ils en rencontraient une,D’une habileté peu communeÀ préparer les aliments,Ils l’épousaient dans le moment,Après un discret fleuretage.Et voilà pour le mariage.
Puis, de jour en jour, nos aïeuxDevenant plus ingénieux,Ils imaginèrent la cave,Pour conserver le vin au frais.La cuisine vint tôt après,D’un intérêt tout aussi grave.Pour quant à la chambre à coucher,Ils ne songeaient à l’ébaucher.À cet âge d’or dont je parle,On… dormait partout, mon vieux Charle.
C’est donc, qui pourrait le nier ?Par la cuisine et le cellierQue débuta l’Architecture.Plus tard, grandissant en culture,L’enthousiasme des festinsInspira le chant, l’éloquence,Et la poésie et la danse.Ceux doués de quelques instinctsArtistiques, d’un doigt agile,Se mirent à pétrir l’argile,En s’inspirant, par lui séduits,Du galbe des fleurs et des fruits :Ils firent, pour le vin, des coupes,…Des vases pour cuire les soupes ;Les ornèrent de tons flambards…C’est l’origine des Beaux-Arts.Et, comme l’heure de la tableLeur semblait la plus agréable,Pour en calculer le retour,Ils étudièrent le coursMystérieux et l’eurythmieDes astres. D’où l’Astronomie.Puis, lassés des mêmes menus,Ils partirent, à l’aventure,Vers des patelins inconnus,Pour varier leur nourriture.Ils passèrent les monts, les mers,Connurent des climats diversAinsi que des cités nouvelles ;Des peuplades avec lesquellesIls échangèrent leurs produits,Leurs bêtes, leurs femmes, leurs fruits.De là la marine, les routes,Le commerce et ses banqueroutes,Les codes, les conventions,Les rapports entre nations,Et l’industrie et les sciences,La monnaie et les alliances,Et les guerres, bien entendu…Sans quoi tout progrès est foutu.Enfin, je veux qu’on m’assassine,Si ce n’est, en l’occasion,La première indigestionQui nous valut la Médecine.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abab] 4[abba] 25[aa]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a incontestable / table féminine, classiqueb réflexion / Civilisation masculine, classiquea ancêtres / champêtres féminine, classiqueb révélé / blé masculine, classiquec plus / Bacchus masculine, classiqued doute / toute féminine, classiquee religion / l’occasion masculine, classiquea chasse / classe féminine, classiqueb raison / maison masculine, classiquec une / commune féminine, classiqued aliments / moment masculine, non classiquee fleuretage / mariage féminine, classiquea aïeux / ingénieux masculine, classiqueb cave / grave féminine, classiquec frais / après masculine, classiqued coucher / l’ébaucher masculine, classiquee parle / Charle féminine, classiquea nier / cellier masculine, classiqueb l’Architecture / culture féminine, classiquec festins / instincts masculine, classiqued l’éloquence / danse féminine, classiquee agile / l’argile féminine, classiquef séduits / fruits masculine, classiqueg coupes / soupes féminine, classiqueh flambards / Beaux-Arts masculine, classiquei table / agréable féminine, classiquej retour / cours masculine, non classiquek l’eurythmie / l’Astronomie féminine, classiquel menus / inconnus masculine, classiquem l’aventure / nourriture féminine, classiquen mers / divers masculine, classiqueo nouvelles / lesquelles féminine, classiquep produits / fruits masculine, classiqueq routes / banqueroutes féminine, classiquer conventions / nations masculine, classiques sciences / alliances féminine, classiquet entendu / foutu masculine, classiqueu m’assassine / Médecine féminine, classiquev l’occasion / indigestion masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources