Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
37. Esquisse
A mon Père
Un air triste et hautain ; un œil ardent de flamme ;De l’âme dans l’esprit et de l’esprit dans l’âme. —Beaucoup de malheureux peuvent bénir son nom.Que de fois je l’ai vu frappé dans sa tendresse,Brisé, mais toujours bon et réservant sans cessePour lui, le dur labeur, pour d’autres la moisson !
Il eut des ennemis, bien qu’ignorant la haine,Et, dans les mauvais jours, resta droit comme un chêneQue l’ouragan ne peut plier en l’ébranchant !— C’est ma source du bien, l’ami qui me conseille,Et qui mêle à toute heure à mon aube vermeilleLe doux rayonnement de son soleil couchant.
Cher père, toujours moi ! Sa tendresse s’alarmePour peu que de mes yeux il s’échappe une larme,Pour peu que je m’enfonce en ma réflexion !Et si je veux lui voir l’âme de bonheur pleine,Je n’ai qu’à lui montrer mes vers éclos à peine,Encore tout fumants de l’inspiration !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources