Tout n’est pas rose, 1877
II. Sonnet
Accepte cette fleur, pour toi je l’ai cueillie ;Jetée en ce désert par quelque vent fatal,Au sommet blanc d’un pic, sur un roc en saillie,Elle ouvrait son calice humide et virginal.
Seule au bord des glaciers, par le chagrin vieillie,Elle semblait pleurer le doux vallon natalEt penchait tristement sa tige recueillie :En l’arrachant au mont, j’ai terminé son mal.
De même, tout en pleurs, du haut des solitudes,Jeté sur un brisant par les tempêtes rudes,Loin de toi, pauvre fleur, j’incline un front pâli ;
Moins heureux cependant sur l’effroyable cimeJe n’ai pas rencontré d’âme assez magnanimePour me prendre la vie et me donner l’oubli !
Lacs-Robert (Isère.).
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources