Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La lyre héroïque et dolente, 1897· De sable et d’or· Les vaines images

Hymnis

Pierre Quillard· strophes variées, alexandrins, 44 vers

Pour Bernard Lazare.

I

Face d'ombre, je viens‖ à toi ; la nuit m'emporte.Poussière évanouie‖ aux plis blancs d'un linceul,Pâle vierge oubliée‖ et que j'honore seulD'une fleur morte hélas !‖ moins que ta grâce morte,

Je viens à toi qui dors‖ au fond des siècles lourdsEt dont le pur tombeau‖ fait les lèvres fidèles :Je n'ai pas entendu‖ les mots qui naissaient d'ellesNi goûté la douceur‖ de tes tristes amours :

Mais je pleure ton corps‖ et son charme équivoqueEt les baisers trop lents‖ qui l'auraient effleuré,Chair de jadis, désir‖ dont je me suis leurréParce qu'un même appel‖ de buccins nous évoque

Vers les mêmes cyprès‖ noirs et silencieux…Vain appel, ombre vaine‖ et menteuses fanfares :Jamais je ne clorai‖ de mes lèvres avaresTes yeux désenchantés‖ qui connurent les dieux.

Sommeille loin de moi‖ près de la mer antiqueSous un ciel insulté‖ par de confuses voixOù la vague qui chante‖ encor comme autrefoisEntrechoque les mâts‖ du port aromatique :

Toujours l'âpre soleil‖ et la foule et l'embrun,Loin de moi, troubleront‖ ta poussière ignoréeEt l'inutile fleur‖ que je t'ai consacréeNe réjouira pas‖ ta cendre d'un parfum.

II

Viens respirer l'odeur‖ des vignes et des fruits.

Ce soir te sera doux‖ comme tes longues nuits,Hymnis, enfant qui dors‖ depuis deux mille années,Et par le souffle lent‖ des sentes où je fuisLes roses du tombeau‖ ne seront point fanées.

Je te dédie, enfant,‖ la mourante forêt.

Elle se pare encor‖ malgré son mal secret :Tu te reconnaîtras‖ à sa noble agonie,Vierge dont le front pâle‖ et fiévreux se paraîtD'or royal attristé‖ par la blême ancolie.

L'automne funéraire‖ embaume les halliers.

Hymnis ! Hymnis ! Hymnis !‖ tes cheveux déliésLibres du bandeau strict‖ où tu les emprisonnesOnt frôlé des santals‖ et des girofliersEt se sont enivrés‖ de cruelles automnes.

De plus calmes parfums,‖ ce soir, te charmeront.

Pour que ton corps sacré‖ retourne sans affrontDe la forêt qui meurt‖ aux ténèbres divinesJe veux entrelacer‖ à l'entour de ton frontLe thyrse noir du lierre‖ aux suprêmes glycines.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
6[abba] 4[aabab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a m'emporte / morte féminine, classiqueb linceul / seul masculine, classiquea lourds / amours masculine, classiqueb fidèles / d'elles féminine, classiquea équivoque / évoque féminine, classiqueb effleuré / leurré masculine, classiquea silencieux / dieux masculine, classiqueb fanfares / avares féminine, classiquea antique / aromatique féminine, classiqueb voix / autrefois masculine, classiquea l'embrun / parfum masculine, classiqueb ignorée / consacrée féminine, classiquea fruits / nuits / fuis masculine, classiqueb années / fanées féminine, classiquea forêt / secret / paraît masculine, classiqueb agonie / ancolie féminine, classiquea halliers / déliés / girofliers masculine, classiqueb emprisonnes / automnes féminine, classiquea charmeront / affront / front masculine, classiqueb divines / glycines féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La lyre héroïque et dolente, Paris, Société du Mercure de France, 1997· numérisation Project Gutenberg· Sources