La lyre héroïque et dolente, 1897· La gloire du verbe· Maya
L’âme seule
A A.-Ferdinand Herold.
La bienfaisante nuit‖ couvre la ville immenseD'où montaient vers le ciel‖ des sanglots et des chantsEt la grande cité‖ semble un lac de silenceFrôlé par la rumeur‖ pacifique des champs.
Mer des vivants,‖ mer furieuse qui te ruesEmportant dans tes plis‖ les deuils et les baisers,Tu roules tout le jour‖ sur le pavé des rues,Mais le soir calme endort‖ tes râles apaisés ;
Et les rêveurs amis‖ des nécropoles saintes,Délivrés de la joie,‖ affranchis du remords,Errent par les soirs clairs‖ et fleuris d'hyacinthesComme des immortels‖ dans la maison des morts.
Hommes, laissez passer‖ dans la nuit solitaireCeux qui foulent toujours‖ des chemins non frayés :Les exilés divins‖ ont repeuplé la terreEt je me sens plus seul‖ quand vous vous réveillez.
Quels démons ont pétri‖ de leur mains ironiquesVos faces de mensonge‖ et de stupidité,Je ne sais, mais le mal‖ suinte de vos tuniquesEt votre rire impur‖ attente à la beauté.
Le matin revenu,‖ soyez tels que vous êtes.Moi cuirassé d'orgueil‖ et de mépris sereinEntre mon cœur farouche‖ et vos clameurs de bêtesJe laisserai tomber‖ une herse d'airain.
Je m'en irai là-bas‖ vers la forêt clémente :Les arbres fraternels‖ m'appellent doucement ;L'herbe bruit, l'eau des‖ fontaines se lamenteEt rit comme une nymphe‖ avec son jeune amant.
La forêt a gardé‖ pour mon oreille seuleLes chants anciens et les‖ fleurs nobles d'autrefoisParfument à jamais‖ sa mémoire d'aïeuleEt tous les rhythmes morts‖ revivent dans sa voix.
Les chênes musculeux‖ portent de verts portiques,Où pareils à des rois‖ mes rêves passerontEt près des dieux nouveaux,‖ fils des taillis antiques,Je plierai les genoux‖ et courberai le front.
Mais retrouveras-tu‖ la jeunesse première,O parleur orgueilleux,‖ ivre d'un vin mauvais ?Et si dans la splendeur‖ de la pure lumièreTon rêve était moins beau‖ que tu ne le rêvais ?
Ainsi qu'un porteur las‖ délivre ses épaulesTu voudrais rejeter‖ les souvenirs humainsEt suivre le ruisseau‖ qui court entre les saulesEt marcher tout le jour‖ au hasard des chemins.
Va ! tu n'entendrais plus‖ les voix surnaturellesQui t'invitent la nuit,‖ vers les magiques bois ;Dans les halliers saignant‖ de mûres et d'airellesTu serais poursuivi‖ par les mauvaises voix.
Reste jusqu'à la mort‖ baigné de crépusculeAvec l'âpre regret‖ des astres radieux :Tu n'es pas assez grand‖ pour le manteau d'HerculeEt pour te revêtir‖ de la pourpre des dieux.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a immense / silence féminine, classiqueb chants / champs masculine, classiquea rues féminine, classiqueb baisers / apaisés masculine, classiquea saintes / d'hyacinthes féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb frayés / réveillez masculine, classiquea ironiques / tuniques féminine, classiqueb stupidité / beauté masculine, classiquea êtes / bêtes féminine, classiqueb serein / d'airain masculine, classiquea clémente / lamente féminine, classiqueb doucement / amant masculine, classiquea seule / d'aïeule féminine, classiqueb d'autrefois / voix masculine, classiquea portiques / antiques féminine, classiqueb passeront / front masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb mauvais / rêvais masculine, classiquea épaules / saules féminine, classiqueb humains / chemins masculine, classiquea surnaturelles / d'airelles féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea crépuscule / d'Hercule féminine, classiqueb radieux / dieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La lyre héroïque et dolente, Paris, Société du Mercure de France, 1997· numérisation Project Gutenberg· Sources