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un seul est le mot juste.

La lyre héroïque et dolente, 1897· La gloire du verbe· Les mythes

Le prince d’Avalon

Pierre Quillard· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

A Henri de Régnier.

Et le prince vivait‖ dans l'île d'Avalon.Des parterres de fleurs‖ caressaient ses prunelles ;Les calices des lys‖ s'ouvraient en ce vallonÉperdument, vers les‖ étoiles fraternelles ;

Les paons constellés d'yeux‖ luisaient sous les halliersOr mobile, tremblant‖ saphir, vivante flammeEt les fruits mûrs pendus‖ aux vastes espaliersVersaient un opulent‖ arôme de cinname,

Tandis que, dans le parc‖ peuplé par des sylvainsEt des faunes bordant‖ les larges avenues,Le clair de lune épars‖ sur les marbres divinsFaisait étinceler‖ la chair des nymphes nues.

Et le prince sur la‖ terrasse du palaisInclinait vers le sol‖ ses doigts chargés de baguesEt regardait, là-bas,‖ sous les cieux violets,Fuir des vaisseaux fleuris‖ par la houle des vagues.

« Passez, je vous envie,‖ ô frères ignorés,Que les vents furieux‖ emportent sur le gouffre ;Je ne la connais plus‖ et vous la reverrezLa terre désirable‖ où l'homme pleure et souffre.

Je suis venu vers les‖ rivages interditsPour obéir aux voix‖ des blanches fiancéesEt mon âme succombe‖ au poids des paradisAinsi que les joyaux‖ chargent mes mains lassées.

Pour éveiller en moi‖ d'immortelles douleursDont la mémoire accrût‖ mes extases futures,J'ai déchaîné‖ des sangliers parmi les fleurs ;Mais les fleurs renaissaient‖ plus belles et plus pures.

J'ai voulu renverser‖ le palais merveilleuxEt je l'ai revêtu‖ de rouges incendies,Mais des colonnes d'or‖ surgissaient à mes yeuxEt portaient jusqu'au ciel‖ les voûtes agrandies.

Et lorsque j'ai tué‖ la vierge que j'aimais,Espérant rompre enfin‖ les ineffables charmes,L'enfant ressuscitée‖ a vaincu pour jamaisPar des baisers plus doux‖ ma tristesse et mes larmes.

Pour moi, le flot des jours‖ s'écoule vainement ;Vainement le soir tombe‖ et l'aurore rougeoie :Enveloppé de rêve‖ et d'éblouissementJe suis le prisonnier‖ de l'immuable joie. »

Ainsi par cette nuit‖ d'étoiles, il parlait :Les fourrés frissonnants‖ brillaient de luciolesEt le souffle embaumé‖ de la brise mêlaitLes chansons de la mer‖ à la voix des violes.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a d'Avalon / vallon masculine, classiqueb prunelles / fraternelles féminine, classiquea halliers / espaliers masculine, classiqueb flamme / cinname féminine, classiquea sylvains / divins masculine, classiqueb avenues / nues féminine, classiquea palais / violets masculine, classiqueb bagues / vagues féminine, classiquea ignorés / reverrez masculine, classiqueb gouffre / souffre féminine, classiquea interdits / paradis masculine, classiqueb fiancées / lassées féminine, classiquea douleurs / fleurs masculine, classiqueb futures / pures féminine, classiquea merveilleux / yeux masculine, classiqueb incendies / agrandies féminine, classiquea j'aimais / jamais masculine, classiqueb charmes / larmes féminine, classiquea vainement / d'éblouissement masculine, classiqueb rougeoie / joie féminine, classiquea parlait / mêlait masculine, classiqueb lucioles / violes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La lyre héroïque et dolente, Paris, Société du Mercure de France, 1997· numérisation Project Gutenberg· Sources