La lyre héroïque et dolente, 1897· De sable et d’or· Le jardin de Cassiopée
Voix derrière la haie
Vendémiaire Les vendangeurs
Les sarments rampaient‖ entre les pierresOu montaient au tronc‖ rugueux des ormes,Tordus et noués‖ en nœuds difformesComme des orvets‖ et des vipères.
Courbés sous le fouet‖ des rois avares,Nous avons versé‖ nos pleurs, nos peines ;Nous avons ouvert‖ nos pâles veines,Nous avons nourri‖ les vignes rares ;
Nous avons pillé‖ les ceps d'automne ;Le moût bruissait‖ au fond des cuves,Pour les maîtres, saouls‖ de chauds effluves,Le sang de nos cœurs‖ emplit la tonne.
Nivose Les coupeurs de roseaux
L'eau langoureuse‖ endormait les saules ;Vers le déclin‖ des tièdes journéesElle frôlait‖ de lèvres pâméesLes seins roses, les‖ blanches épaules.
Le chœur estival‖ des femmes nuesPlus doux que le chant‖ des tourterellesPropageait parmi‖ les roseaux grêlesLe frisson de voluptés inconnues.
Roseaux, vous clorez‖ nos pauvres huttes.D'autres prendront‖ vos fragiles âmes ;Ils évoqueront‖ les belles femmesAvec la voix‖ magique des flûtes.
Floréal Les tisserands
Notre peau s'use‖ au fer des navettes,Notre peau gerce‖ à tistre la soie ;Dehors le printemps‖ chante et flamboie :Nous ne connaissons‖ ni fleurs ni fêtes.
Toujours notre front‖ dolent s'inclineVers le métier‖ dès la prime aurore ;Toujours nos doigts‖ fanés font écloreDe fraîches fleurs‖ dans l'étoffe fine.
Et sur le linceul‖ et sur les langesDes empereurs‖ porphyrogénètesNous entrelaçons‖ les fauves bêtesQui rôdent dans nos‖ songes étranges.
Thermidor Les marins
Nous avons dompté‖ les mers funèbresEt vaincu leurs gueules‖ forcenées :La lèpre mord‖ nos mains décharnéesRonge la moelle de nos vertèbres.
En vain le soleil‖ d'été rayonne :Car nous nous traînons‖ dans les venelles,Grelottant de fièvres‖ éternelles,Et sur nos os‖ la laine frissonne.
Cependant nous portions dans la caleLa poudre d'or et‖ les aromatesEt de souples filles‖ aux chairs matesMûres de lumière‖ orientale.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abba)
- Mètre
- Ennéasyllabes surtout (47 de 9, 1 de 10)· profil 5÷4, 10
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a pierres / vipères féminine, classiqueb ormes / difformes féminine, classiquea avares / rares féminine, classiqueb peines / veines féminine, classiquea d'automne / tonne féminine, classiqueb cuves / effluves féminine, classiquea saules / épaules féminine, classiqueb journées / pâmées féminine, classiquea nues / inconnues féminine, classiqueb tourterelles / grêles féminine, classiquea huttes / flûtes féminine, classiqueb âmes / femmes féminine, classiquea navettes / fêtes féminine, classiqueb soie / flamboie féminine, classiquea s'incline / fine féminine, classiqueb aurore / éclore féminine, classiquea langes / étranges féminine, classiqueb porphyrogénètes / bêtes féminine, classiquea funèbres / vertèbres féminine, classiqueb forcenées / décharnées féminine, classiquea rayonne / frissonne féminine, classiqueb venelles / éternelles féminine, classiquea cale / orientale féminine, classiqueb aromates / mates féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La lyre héroïque et dolente, Paris, Société du Mercure de France, 1997· numérisation Project Gutenberg· Sources