Œuvres complètes, 1625‑1660· Cantiques, hymnes, etc.· Hymnes de la vierge
L’hymne
Ave, maris Stella.
O la plus claire des estoiles,Qui parut au travers des voilesDont la nuit du peché nous offusquoit les yeux,Reçoy nos vœux et nos suffrages,Et nous sauve de ces oragesAu port que tes bontez nous preparent aux cieux.
Si la creance trop legéreQu’eut Eve à la voix mensongèreNous avoit tous rendus esclaves des enfers,Ta foy, par un contraire échange,Croyant aux paroles de l’ange,Brisa de nos ayeux les prisons et les fers.
O bel astre ! fay que ta flamePuisse encor éclairer mon ameDans l’asyle où Jesus nous conduit au trépas ;Chasse l’ennuy qui nous menace,Et fay que le fruit de sa grâceNous donne au ciel la gloire et la paix ici bas.
Si jadis tes chastes entraillesContenoient ce Dieu des batailles,Dont le pouvoir s’étend du nord jusques au sud,Usant de ton pouvoir de mere,Appaise la juste colereDu fils que dans tes flancs ta seule foy conceut.
Vierge chaste, Vierge feconde,Fay que nous puissions en ce mondeConserver la blancheur de nostre pureté,Et qu’en suivant ta sainte vie,Nostre ame, dans le ciel ravie,Te puisse encore suivre en l’immortalité.
Gloire au Pere, dont la puissanceEst le support de l’innocence !Gloire au Fils, dont le sang fut répandu pour nous !Gloire à l’Esprit, qui nous inspireL’amour dont nostre ame soupireJusqu’à ce qu’elle soit unie à son époux !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources