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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxlviiie Pseaume

Laudate Dominum de cœlis, etc.

Racan· 88 vers

Illustres conquerans du royaume des cieux,Celebrez les bontez des puissances supresmesQui rendirent vos cœurs toujours victorieuxDe la chair, du peché, du monde et de vous-mesmes.

Et vous, esprits divins, chantez d’un saint accordSa grace, qui vous fit possesseurs de la gloire,Et qui, dés en naissant, du vice et de la mortVous a fait sans combat obtenir la victoire.

Globe de flâme et d’or, grand œil du firmament,Reverez à jamais ses clartez éternelles,Qui ne vous cachent rien que l’horreur du tourmentQue souffrent aux enfers les ames criminelles.

Astre qui tous les mois reprens des feux nouveaux,Benis Dieu qui te fait, en ton empire sombre,Dominer à la fois l’inconstance des eauxEt la tranquilité du silence et de l’ombre.

Arbitres clair-voyants des choses d’ici-bas,Reverez du Seigneur la sagesse profonde,Qui, reglant votre cours d’un si juste compas,Fait tourner avec vous les fortunes du monde.

Cieux, le dernier espoir de nos justes desirs,Admirez-le en son thrône, où luy-mesme s’admire ;Il a pour fondement vos voûtes de saphirs,Et l’amour et la gloire y peuplent son empire.

Et vous, eaux qui baignez des arenes d’azurDepuis l’ardent Lion jusqu’aux glaces de l’Ourse,Rendez grace à celuy qui conserve aussi purVostre cours au ruisseau comme il est dans sa source.

Si vous ne possedez les perles, le corail,Et ces rares thresors dont nos mers sont fecondes,Le Seigneur, magnifique autant que liberal,Fait luire ses flambeaux dans le fond de vos ondes.

Quand son ordre éternel vous tira du neant,Et qu’il eut sur le ciel vos vagues épanduës,Ne vous marqua-t-il pas des bords, en vous creant,Sur le mobile appuy qui vous tient suspendues ?

Excremens animez qui rampez sous nos pas,Louez sa providence en merveilles feconde,Qui des mesmes poisons qui causent le trépasVous a donné la vie et vous conserve au monde.

Sa grace est dans le ciel le jour des bien-heureux ;Ses clartez leur seront toûjours continuées,Et luiront dans la terre aux gouffres les plus creux,Comme au plus haut des monts qui percent les nuées.

Foudres, neiges, frimas, nos peurs et nos besoins,L’esperance des bons, la terreur des profanes,Louez celui qui fait que vous respectez moinsLes palais orgueilleux que les humbles cabanes.

Vous, arbres, l’ornement des parcs delicieux,Qui de fruits savoureux contentez nostre envie,Venez tous rendre hommage au cedre aimé des cieux,Qui doit aprés sa mort porter le fruit de vie.

Habitans des forests, nos injustes rivaux,Celebrez ses bontez sous vos sombres ramées :Vous vivez sans travail du fruit de nos travaux,Et cueillez les moissons que nous avons semées.

Loûez-le, hostes de l’air, qui d’un vol glorieuxVous élancez au lieu d’où la foudre est lancée :C’est luy qui vous éleve où les plus curieuxA peine ont élevé leurs yeux et leurs pensées.

Princes, vivans rayons de la Divinité,Dont l’équitable sort couronna la naissance,Usez sur vos sujets de vostre autorité,Comme Dieu fait sur vous de sa toute-puissance.

Le ciel, qui nous soumet sans force et sans rigueurA rendre à vostre sceptre un légitime hommage,Nous a dés la naissance imprimé dans le cœurQue c’est honorer Dieu qu’honorer son image.

Louez le Createur, vous qui d’un age heureuxGoustez innocemment les charmantes amorces ;C’est luy qui vous anime aux desseins genereux,C’est luy dont vous tenez le courage et les forces.

Vierges, qui pour luy seul conservez vos appas,Il vous montre en ce monde un sujet de victoire,Et, du feu le plus pur qui vous brûle ici-bas,Vous prepare la haut des couronnes de gloire.

Et vous qui n’esperez que par la seule mortDe sortir d’une mer si sujette au naufrage,Ne craignez point, vieillards, d’arriver en un portOù Dieu vous tend la main de dessus le rivage.

C’est là d’où son pouvoir, sans borne et sans pareil,Lasche les tourbillons et lance le tonnerre ;C’est là d’où vous verrez, assis sur le soleil,Foudroyer sous vos pieds l’audace de la terre.

Par les frequens effets de son affectionSon Eglise se voit de ses fers dégagée,Et de tant de faveurs il fera que SionSera la moins ingrate et la plus obligée.

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources