Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xie Pseaume
Salvum me fac, etc.
ODieu, qui des crimes des hommesQui vivent au siecle où nous sommesConnois l’infamie et l’horreur,Sauve avecque mon innocenceMon honneur de leur médisance,Et mon esprit de leur erreur.
De la passion qui les rongeNaist dans leur bouche le mensonge,Et dans leur cœur l’impureté ;Veux-tu pas de ce mesme foudreQui mettra l’Univers en poudreConfondre leur impieté ?
Ils font gloire de la malice,De la fraude et de l’artifice,Dont ils nous pensent decevoir ;Et dans l’excès de leur audaceIl n’est ni crainte ni menaceQui les remette en leur devoir.
Mais le Seigneur tient sa promesse,Il nous découvre leur finesse,Tous leurs desseins sont confondus ;Et loin de leurs pieges funestesIl releve aux honneurs celestesCeux qu’en terre ils avoient perdus.
Ses jugemens sont redoutables,Ses paroles sont veritablesAutant que pleines d’équité ;Et, dans le feu qui tout surmonte,L’argent dans la septième fonteN’égale point leur pureté.
Ses assurances solennellesFont que les ames des fidellesMettent tout leur espoir en luy ;Et dans le glissant precipiceDe la chair, du monde et du vice,Il leur sert de guide et d’appuy.
Mais ceux qui de leur sang illustreNe font éclatter aucun lustre,Qu’une jalouse ambition,Murmurent contre sa puissance,Quand la vertu sans la naissanceRemplit lethrosne de Sion.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources