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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les bergeries de messire honorat de Bueil Chevalier Seigneur de Ragan

Chanson de bergers

A la louange de la Reyne mere du Roy.

Racan· 54 vers

Paissez, cheres brebis ; jouissez de la joyeQue le Ciel nous envoye.A la fin sa clemence a pitié de nos pleurs.Allez dans la campagne, allez dans la prairie ;N’espargnez point les fleurs :Il en revient assez sous les pas de Marie.

Par elle renaistra la saison desiréeDe Saturne et de Rhée,Où le bon-heur rendoit tous nos desirs contens,Et par elle on verra reluire en ce rivageUn éternel printemps,Tel que nous le voyons parestre en son visage.

Nous ne reverrons plus nos campagnes desertes,Au lieu d’espics, couvertesDe tant de bataillons l’un à l’autre opposez ;L’innocence et la paix regneront sur la terre,Et les dieux appaisezOubliront pour jamais l’usage du tonnerre.

Le soin continuel dont son puissant genieNos affaires manieRend tousjours leur succez conforme à son desir.Nostre bonne fortune est par luy gouvernée,Et souffre avec plaisirQue de si belles mains la tiennent enchaînée.

Son bon-heur nous rendra la terre aussi fecondeQu’en l’enfance du monde,A l’heure que le Ciel en estoit amoureux,Et jouyrons d’un âge ourdy d’or et de soye,Où les plus malheureuxNe verseront jamais que des larmes de joye.

Desja ce grand soleil, dissipant les nuagesAutheurs de nos orages,Espand de tous costez sa lumiere si loin,Que celuy qui le soir se va coucher dans l’ondeVoit bien que sans besoinIl en sort au matin pour éclairer le monde.

En nos tranquillitez aucune violenceN’interrompt le silence ;Nos troubles pour jamais sont par elle amortis :Depuis les premiers flots de Garonne et de LoireJusqu’à ceux de Thetis,On n’entend autre bruit que celuy de sa gloire.

La Nymphe de la Seine incessamment revereCette grande bergereQui chasse de ses bords tout suiect de soucy,Et, pour jouyr long-temps de l’heureuse fortuneQue l’on possede icy,Porte plus lentement son tribut à Neptune.

Paissez donc, mes brebis, prenez part aux delicesDont les destins propicesPar un si beau remede ont guery nos douleurs.Allez dans la campagne, allez dans la prairie ;N’espargnez point les fleurs :Il en revient assez sous les pas de Marie.

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources