Œuvres complètes, 1625‑1660· Sonnets
« Seul objet de mes yeux dont mon ame est ravie »
Seul objet de mes yeux dont mon ame est ravie,A combien de malheurs me dois-je preparer,Puisqu’aucune raison ne sçauroit modererVostre extrême rigueur ny mon extrême envie !
Depuis que vous tenez ma franchise asservie,Je n’ay fait jour et nuit que plaindre et soupirer,Et semble que jamais je ne doive espererLa fin de mon tourment qu’en la fin de ma vie.
Quand j’implore vostre ayde au fort de mes douleurs,Avecque ces discours accompagnez de pleurs,Veritables tesmoins de l’ennui qui me touche,
Si vostre jugement n’est point hors de son lieu,Souvenez-vous qu’Amour vous parle par ma bouche,Et qu’en me refusant vous refusez un dieu.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources