La Cité des eaux, 1902· L’homme et les dieux
L’homme et les dieux
La terre est chaude encor‖ de son passé divin.Les dieux vivent dans l'homme,‖ ainsi que dans le vinL'ivresse couve, attend,‖ palpite, songe et boutAvant de se dresser‖ dans le buveur deboutQui sent monter en lui,‖ de sa gorge à son front,Et d'un seul trait,‖ sa flamme brusque et son feu prompt.Les dieux vivent en l'homme‖ et sa chair est leur cendre.Leur silence prodigieux‖ se fait entendreA qui sait écouter‖ leurs bouches dans le vent.Tant que l'homme vivra,‖ les dieux seront vivants ;C'est pourquoi va, regarde,‖ écoute, épie et sacheVoir la torche éclatante‖ au poing que l'ombre cache.Contemple, qu'elle fuie‖ ou qu'elle dorme, l'eau,Qu'elle soit source ou fleuve‖ et fontaine on ruisseau,Jusqu'à ce que s'étire‖ ou se réveille en elleLa Naïade natale‖ et la Nymphe éternelle.Observe si longtemps‖ le pin, l'orme ou le rouvreQue le tronc se sépare‖ et que l'écorce s'ouvreSur la Dryade nue‖ et qui rît d'en sortir !L'univers obéit‖ à ton vaste désir.Si ton âme est farouche‖ et pleine de rumeursHautaines, tu verras‖ dans le soleil qui meurt,Parmi son sang qui coule‖ et sa pourpre qui brûle,Le bûcher toujours rouge‖ où monte encor Hercule,Lorsque tressaille en nous,‖ en un songe enflammé,La justice pour qui‖ son bras fort fut armé.C'est ainsi que dans tout,‖ le feu, l'eau, l'arbre, l'air,Le vent qui vient du mont‖ ou qui va vers la mer,Tu trouveras l'écho‖ de ce qui fut divin,Car l'argile à jamais‖ garde le goût du vin ;Et tu pourras, à ton‖ oreille, entendre encoreLa Sirène chanter‖ et hennir le Centaure,Et, quand tu marcheras,‖ ivre du vieux mystèreDont s'est paré jadis‖ le passé de la terre,Regarde devant toi‖ ce qui reste de luiDans la clarté de l'aube‖ et l'ombre de la nuit,Et sache que tu peux,‖ au gré de ton délire,Faire du bouc barbu‖ renaître le Satyre,Que ce cheval, là-bas,‖ qui peine sous le jougAu dur sillon, si tu‖ le veux, peut tout à coup,Frappant d'un sabot d'or‖ la motte qu'il écrase,Aérien, ailé,‖ vivant, être Pégase :Car tu es homme et l'homme‖ a gardé dans ses yeuxLe pouvoir éternel‖ de refaire des dieux.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a divin / vin masculine, classiqueb bout / debout masculine, classiquec front / prompt masculine, classiqued cendre / entendre féminine, classiquee vent / vivants masculine, non classiquef sache / cache féminine, classiqueg l'eau / ruisseau masculine, classiqueh elle / éternelle féminine, classiquei rouvre / s'ouvre féminine, classiquej sortir / désir masculine, classiquek rumeurs / meurt masculine, non classiquel brûle / Hercule féminine, classiquem enflammé / armé masculine, classiquen l'air / mer masculine, classiquep encore / Centaure féminine, classiqueq mystère / terre féminine, classiquer lui / nuit masculine, non classiques délire / Satyre féminine, classiquet joug / coup masculine, non classiqueu écrase / Pégase féminine, classiquev yeux / dieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La cité des eaux, Paris, SOCIÉTÉ DU MERCURE DE FRANCE, 1902· numérisation Project Gutenberg· Sources