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un seul est le mot juste.

La Cité des eaux, 1902· Salut a Versailles

Salut a Versailles

Henri de Régnier· 16 quatrains, alexandrins, 64 vers

Celui dont l'âme est triste‖ et qui porte à l'automneSon cœur brûlant encor‖ des cendres de l'été,Est le Prince sans sceptre‖ et le Roi sans couronneDe votre solitude‖ et de votre beauté.

Car ce qu'il cherche en vous,‖ ô jardins de silence,Sous votre ombrage grave‖ où le bruit de ses pasPoursuit en vain l'écho‖ qui toujours le devance,Ce qu'il cherche en votre ombre,‖ ô jardins, ce n'est pas

Le murmure secret‖ de la rumeur illustre,Dont le siècle a rempli‖ vos bosquets toujours beaux,Ni quelque vaine gloire‖ accoudée au balustre,Ni quelque jeune grâce‖ au bord des fraîches eaux ;

Il ne demande pas‖ qu'y passe ou qu'y revienneLe héros immortel‖ ou le vivant fameuxDont la vie orgueilleuse,‖ éclatante et hautaineFut l'astre et le soleil‖ de ces augustes lieux.

Ce qu'il veut, c'est le calme‖ et c'est la solitude,La perspective avec‖ l'allée et l'escalier,Et le rond-point, et le‖ parterre, et l'attitudeDe l'if pyramidal‖ auprès du buis taillé ;

La grandeur taciturne‖ et la paix monotoneDe ce mélancolique‖ et suprême séjour ;Et ce parfum de soir‖ et cette odeur d'automneQui s'exhalent de l'ombre‖ avec la fin du jour.

O toi que l'aube effraie,‖ ô toi qui crains l'aurore,Et que ne tentent plus‖ la route et le chemin,Quitte la ville vaine,‖ arrogante et sonoreQui parle avec des voix‖ de soleil ou d'airain.

C'est là que l'homme fait‖ sa boue et sa poussièrePour élever son mur‖ autour de l'horizon ;Mais toi, dont le désir‖ n'apporte plus sa pierreAu travail en commun‖ qui bâtit la maison,

Laisse ceux dont le bloc‖ charge, sans qu'elle plie,L'épaule et dont les bras‖ sont propres aux fardeaux,Se construire sans toi‖ les demeures de vieEt va vivre ton songe‖ en la Cité des Eaux.

L'onde ne chante plus‖ en tes mille fontaines,O Versailles, Cité‖ des Eaux, Jardin des Rois !Ta couronne ne porte plus,‖ ô souveraine,Les clairs lys de cristal‖ qui l'ornaient autrefois !

La nymphe qui parlait‖ par ta bouche s'est tueEt le temps a terni‖ sous le souffle des joursLes fluides miroirs‖ où tu t'es jadis vueRoyale et souriante‖ en tes jeunes atours.

Tes bassins endormis‖ à l'ombre des grands arbresVerdissent en silence‖ au milieu de l'oubli,Et leur tain qui s'encadre‖ aux bordures de marbreNe reconnaîtrait plus‖ ta face d'aujourd'hui.

Qu'importe ! ce n'est pas‖ ta splendeur et ta gloireQue visitent mes pas‖ et que veulent mes yeux ;Et je ne monte pas‖ les marches de l'histoireAu-devant du Héros‖ qui survit en tes Dieux.

Il suffit que tes eaux‖ égales et sans fêteReposent dans leur ordre‖ et leur tranquillité,Sans que demeure rien‖ en leur noble défaiteDe ce qui fut jadis‖ un spectacle enchanté.

Que m'importent le jet,‖ la gerbe et la cascadeEt que Neptune à sec‖ ait brisé son trident,Ni qu'en son bronze aride‖ un farouche EnceladeSe soulève, une feuille morte‖ entre les dents,

Pourvu que faible, basse,‖ et dans l'ombre incertaine,Du fond d'un vert bosquet‖ qu'elle a pris pour tombeau,J'entende longuement‖ ta dernière fontaine,O Versailles, pleurer‖ sur toi, Cité des Eaux !

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a l'automne / couronne féminine, classiqueb l'été / beauté masculine, classiquea silence / devance féminine, classiqueb pas masculine, classiquea illustre / balustre féminine, classiqueb beaux / eaux masculine, classiquea revienne / hautaine féminine, classiqueb fameux / lieux masculine, classiquea solitude / l'attitude féminine, classiqueb l'escalier / taillé masculine, non classiquea monotone / d'automne féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquea l'aurore / sonore féminine, classiqueb chemin / d'airain masculine, classiquea poussière / pierre féminine, classiqueb l'horizon / maison masculine, classiquea plie / vie féminine, classiqueb fardeaux / Eaux masculine, classiquea fontaines / souveraine féminine, non classiqueb Rois / autrefois masculine, classiquea tue / vue féminine, classiqueb jours / atours masculine, classiquea arbres / marbre féminine, non classiqueb l'oubli / d'aujourd'hui masculine, classiquea gloire / l'histoire féminine, classiqueb yeux / Dieux masculine, classiquea fête / défaite féminine, classiqueb tranquillité / enchanté masculine, classiquea cascade / Encelade féminine, classiqueb trident / dents masculine, non classiquea incertaine / fontaine féminine, classiqueb tombeau / Eaux masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La cité des eaux, Paris, SOCIÉTÉ DU MERCURE DE FRANCE, 1902· numérisation Project Gutenberg· Sources