Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jeux rustiques et divins, 1897· Les roseaux de la flûte

Élégie double

Henri de Régnier· alexandrins, 46 vers

Ami, le hibou pleure‖ où venait la colombe,Et ton sang souterrain‖ a fleuri sur ta tombe,Et mes yeux qui t’ont vu‖ sont las d’avoir pleuréL’inexorable absence‖ où tu t’es retiréLoin de mes bras pieux‖ et de ma bouche triste.Reviens ! le doux jardin‖ mystérieux t’inviteEt ton pas sera doux‖ à sa mélancolie ;Tu viendras, les pieds nus‖ et la face vieillie,Peut-être, car la route‖ est longue qui ramèneDe la rive du Styx‖ à notre humble fontaineQui pleure goutte à goutte‖ et rit d’avoir pleuré.

Ta maison te regarde,‖ ami ! j’ai préparéSur le plateau d’argent,‖ sur le plateau d’ébène,La coupe de cristal‖ et la coupe de frêne,Les figues et le vin,‖ le lait et les olives,Et j’ai huilé les gonds‖ de la porte d’une huileQui la fera s’ouvrir‖ ainsi que pour une ombre ;Mais je prendrai la lampe‖ et par l’escalier sombreNous monterons tous deux‖ en nous tenant la main ;Puis, dans la chambre vaste‖ où le songe divinT’a ramené des bords‖ du royaume oublieux,Nous nous tiendrons debout,‖ face à face, joyeuxDe l’étrange douceur‖ de rejoindre nos lèvres,O voyageur venu‖ des roseaux de la grèveQue ne réveille pas‖ l’aurore ni le vent !Je t’ai tant aimé mort‖ que tu seras vivantEt j’aurai soin, n’ayant‖ plus d’espoir ni d’attente,De vider la clepsydre‖ et d’éteindre la lampe.

— Laisse brûler la lampe‖ et pleurer la clepsydreCar le jardin autour‖ de notre maison videSe fleurira‖ de jeunes fleurs sans que reviennentMes lèvres pour reboire‖ encore à la fontaine ;Les baisers pour jamais‖ meurent avec les bouches.Laisse la figue mûre‖ et les olives rousses ;Hélas ! les fruits sont bons‖ aux lèvres qui sont chair,Mais j’habite un royaume‖ au delà de la MerTénébreuse, et mon corps‖ est cendre sous le marbre.Je suis une Ombre, et si‖ mon pas lent se hasardeAu jardin d’autrefois‖ et dans la maison noireOù tu m’attends du fond‖ de toute ta mémoire,Tes chers bras ne pourront‖ étreindre mon fantôme :Tu pleurerais‖ le souvenir de ma chair d’homme,À moins que dans ton âme‖ anxieuse et fidèleTu m’attendes en rêve‖ à la porte éternelle,Me regardant venir‖ à travers la nuit sombre,Et que ton pur amour‖ soit digne de mon ombre.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources