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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jeux rustiques et divins, 1897· Poèmes divers

La Clef

Henri de Régnier· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Attends, pour t’en aller,‖ souriante à ta vie,Cueillir ses fleurs de chair‖ et ses fruits d’or vivantEt tresser les cyprès‖ de sa mélancolieAux roseaux de sa joie‖ en flûtes dans le vent,

Attends que le Destin,‖ aussi vieux que la pierreDe l’antique demeure‖ où ton sort a fleuri,Remette entre tes mains‖ la clef hospitalièreDe la maison déserte‖ et qui fut ton abri.

Et maintenant, va-t’en‖ vers l’aurore éternelleAvec l’Espoir et, côte‖ à côte, avec l’Amour,Et que chacun t’abrite‖ à l’ombre de son aileEt te mène le long‖ des routes sans retour ;

Que l’un porte à jamais‖ la palme toujours verteEt la gourde noueuse‖ au bout du bâton noirEt que l’autre plus grave,‖ entre ses mains offertes,Tienne la grappe lourde‖ et hausse le miroir.

Va-t’en. Le fleuve lent‖ au fil de ses eaux lassesConduira tes doux pas,‖ et, froide à tes pieds blancs,L’onde qui refléta‖ ton visage et qui passeLavera leur poussière,‖ ô Passante ! en passant.

Tu verras la mer vaste‖ et la forêt farouche,Le courroux d’or des blés‖ que courbe le vent clair,Et l’Été nu tendra‖ aux lèvres de ta boucheLes fruits de l’arbre avec‖ les conques de la mer.

Tu mordras la douceur‖ qui jute au flanc des pêchesIvres de succulence‖ et de maturité,Les flûtes de roseaux‖ entre tes lèvres fraîchesCraqueront sous tes dents‖ après avoir chanté.

Tu chanteras avec‖ les bois et les fontaines,Avec le vent qui rôde‖ et l’eau qui rit en pleurs,Avec la dure averse‖ et la pluie incertaine,De la première feuille‖ à la dernière fleur.

Mais quand le grave Automne‖ avec le Soir qu’il guideEn la vieille forêt‖ qui s’est faite d’or lourdTe montrera, fuyant,‖ dans ta mémoire vide,L’Espoir, par le chemin‖ où s’est perdu l’Amour ;

Entendras-tu tinter‖ à ta ceinture noire,Parmi les roides plis‖ de ta robe d’hiverOù se gèle d’argent‖ l’eau pâle d’une moire,L’hospitalière Clef‖ d’or, de bronze et de fer,

Cette Clef, qui tressaille‖ à la main qui la porteEt qui ouvre pour ceux,‖ hélas ! que l’heure a fuisLa serrure à jamais‖ de la suprême porteEt le ventail de l’ombre‖ et les gonds de la nuit ?

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a vie / mélancolie féminine, classiqueb vivant / vent masculine, classiquea pierre / hospitalière féminine, classiqueb fleuri / abri masculine, classiquea éternelle / aile féminine, classiqueb l’Amour / retour masculine, classiquea verte / offertes féminine, non classiqueb noir / miroir masculine, classiquea lasses / passe féminine, non classiqueb blancs / passant masculine, non classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb clair / mer masculine, classiquea pêches / fraîches féminine, classiqueb maturité / chanté masculine, classiquea fontaines / incertaine féminine, non classiqueb pleurs / fleur masculine, non classiquea guide / vide féminine, classiqueb lourd / l’Amour masculine, non classiquea noire / moire féminine, classiqueb d’hiver / fer masculine, classiquea porte féminine, classiqueb fuis / nuit masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 1.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources