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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jeux rustiques et divins, 1897· Les roseaux de la flûte

La Grotte

Henri de Régnier· distiques, alexandrins, 44 vers

Jadis, nous étions trois‖ Faunes dans la forêt.Nos bouches ont mordu‖ les grappes et le laitQui comblent la corbeille‖ et caille dans la jatte ;Nos barbes de poil jaune‖ et nos clairs yeux d’agateApparaissaient dans l’ombre‖ au détour des sentiersEt nos dents blanches, aux‖ pommes que vous jetiez,Filles ! en nous fuyant,‖ riaient de votre fuite.Nous mêlions l’olive‖ à la châtaigne cuiteEt le soleil faisait‖ nos cornes toutes d’or,Et nos flûtes, parmi‖ les fleurs où elle dort,Éveillaient au matin‖ la fontaine engourdie.Nous riions‖ en regardant la parodieQue font de notre allure‖ et de notre maintienLes boucs dansant parmi‖ les troupeaux et les chiensQui bêlent à la file‖ et jappent vers la lune,Et les feuilles tombaient‖ des arbres, une à une,Ou la neige des fleurs‖ embaumait les vergers,Car Septembre au pas lourd,‖ Avril au pas léger,Marchent par les chemins‖ de l’An et de la Vie.Hélas ! les Dieux méchants‖ ne sont pas sans envieEt, des trois Faunes nés‖ de l’antique forêt,Deux sont morts et tu peux,‖ à travers les cyprès,Voir au marbre leur buste‖ au-dessus de la gaineSe dresser, côte à côte,‖ auprès de la fontaine.Au socle on a sculpté‖ des feuilles et des fruits.Ils sont là-bas, au bout‖ du sentier que tu suis,Voyageur, et salue‖ en passant leur mémoire !

Pour moi, j’habite au seuil‖ de cette grotte noireEt j’ai fui la forêt,‖ la plaine et les jardins,Le doux soleil, jadis‖ tiède et clair sur mes mains,La prairie et le foin‖ coupé où l’on se couche,Silencieux, avec‖ une fleur à la boucheEn regardant passer‖ au ciel bleu les oiseaux ;J’ai fui la source vive‖ et j’ai fui les roseauxOù je coupais jadis‖ mes flûtes merveilleuses,Et de toutes, hélas !‖ de qui les tiges creusesJasaient de ma gaîté‖ en chantant par ma voix,Je n’ai gardé‖ que celle-là, et je m’assois,De l’aube au soir, au seuil‖ de la grotte, et tournéVers sa nuit sépulcrale‖ à mon songe obstiné,J’emplis l’antre, à jamais,‖ de ma plainte éternelle,Et j’écoute chanter‖ sa ténèbre, et je mêle,Corbeau noir exilé‖ des divines colombes,L’écho de ma jeunesse‖ aux échos de son ombre !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a forêt / lait masculine, classiqueb jatte / d’agate féminine, classiquec sentiers / jetiez masculine, classiqued fuite / cuite féminine, classiquee d’or / dort masculine, non classiquef engourdie / parodie féminine, classiqueg maintien / chiens masculine, non classiqueh lune / une féminine, classiquei vergers / léger masculine, non classiquej Vie / envie féminine, classiquek forêt / cyprès masculine, non classiquel gaine / fontaine féminine, classiquem fruits / suis masculine, classiquen mémoire / noire féminine, classiqueb jardins / mains masculine, classiquec couche / bouche féminine, classiqued oiseaux / roseaux masculine, classiquee merveilleuses / creuses féminine, classiquef voix / m’assois masculine, classiqueg tourné / obstiné masculine, classiqueh éternelle / mêle féminine, classiquei colombes / ombre féminine, assonante
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 2.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources