Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette VIII
La VieAvec ses mains de feuilles et ses bras de branches,Avec ses lèvres de fleurs et de fruits,Sa peau qui changeDe nuée et de ciel, de moires et d’écorce,Avec ses yeux d’eau qui dort ou luit,Sournoise ou morte,Avec sa voix de vent, ses oreilles d’échos,Sa voix de pluieEt ses rires d’Avril et ses sommeils d’Août,Assise dans l’ombre ou deboutDans l’aube claire,La Vie est nue.
Et j’ai fermé les yeux et je l’ai entendueChanter son chant de jours, de saisons et d’annéesAuprès de moi, et je sentais l’averse claireRuisseler sur ma joue, et, sous mes pas,Craquer le chaume sec et les feuilles fanées,
Et, là-bas,Les fruits mûrir et les fleurs écloreDans les parfums du soir ou l’odeur des aurores,Et je l’ai entendue ainsi pleurer ou rire,Lasse ou sonore,Triste ou ravie,Et j’ai fermé les yeux pour écouter la Vie.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources