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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au pays de la mort et de la beauté, 1895

Le Moine de Pavie

Armand Renaud· alexandrins et octosyllabes, 76 vers

UN crépuscule d'or‖ illuminait le cloître.L'air subtil dégageait‖ d'enivrantes senteurs,Et les derniers rayons‖ du jour prompt à décroîtreExaltaient le gosier‖ des doux oiseaux chanteurs.

Étageant dans le ciel‖ ses colonnettes fines,Au-dessus des arceaux‖ de l'exquis promenoir,L'église s'élançait‖ vers les hauteurs divines.Comme un symbole d'art‖ éclairé par l'espoir.

Et celui qui passait,‖ s'il baissait les prunelles.Voyait le sol fleurir‖ dans ce nid calme et pur,— S'il les levait, voyait‖ les splendeurs éternellesDu temple qui plongeait‖ son marbre dans l'azur.

Or, un moine encor jeune‖ et ravi de ces chosesPour en avoir goûté‖ le calme pénétrant.Debout près d'un pilier‖ qu'envahissaient des roses,Méditait solitaire,‖ et son trouble était grand.

Prince, il avait jadis‖ connu la vie ardente,L'ivresse des combats‖ et le faste des cours.Couru tous les chemins‖ que l'orgueil accidente.Tourbillonné parmi‖ les brûlantes amours.

Mais cela n'avait fait‖ que l'exaspérer d'êtreUn peu moins haut placé‖ que son frère au sommet.Jaloux de lui, deux fois,‖ pour le savoir son maîtreEt l'époux de la femme‖ aux traits fins qu'il aimait.

Aussi, de peur qu'en lui‖ ne prît naissance un traître,Il avait résolu‖ de s'enfouir vivantEt, pour se châtier,‖ de si bien disparaîtreQu'on l'oubliât à tout‖ jamais dans son couvent.

Or, son frère étant mort‖ sans enfants, voici RomeQui l'affranchit du cloître,‖ et ses concitoyensQui, pour régner sur eux,‖ ne veulent tous qu'un hommeLui, leur dernier espoir,‖ fils des héros anciens.

Au front il aurait la couronne.Qu'un flot de lumière environne ;Dans la main, le glaive qui luit.A ses pieds s'étendrait la fouleFrissonnante comme la houle.Insondable comme la nuit.

A lui les radieux cortèges,Les brûlants combats, les longs sièges,La victoire ouvrant le chemin,Les galas aux clartés de rêve,Les arcs triomphaux qu'on élèveEt les regards du genre humain !

Mais il se rappelait‖ la molle quiétudeDu cloître, le bonheur‖ d'être à l'abri du sort,La volupté du rêve‖ et de la solitudeDans le marbre et les fleurs, en attendant la mort.

Quand il venait de sa‖ cellule au réfectoire,Des anges peints, non moins‖ jolis que des amours.Regardaient souriants,‖ et l'on aurait pu croireQue leur seul rôle était‖ de sourire toujours.

Et la Vierge Marie‖ apparaissait de même,Souriant à l'Enfant‖ Jésus qu'elle allaitait.L'or du nimbe à son front‖ mettait un diadème,L'amour céleste en ses‖ yeux bleus se reflétait.

Et ce n'était que grâce‖ et tendresse et sourireSur les visages fins‖ des saintes aux fronts purs.Sur les lèvres des saints‖ attendant le martyre.Sur tout ce qui flottait‖ de rêves sur les murs.

Quel amour passager‖ des vaines créaturesPourrait valoir le charme‖ immuable et profondDes célestes ferveurs‖ et des belles peinturesOù l'idéal avec‖ la forme se confond !

Quel faste, quel pouvoir,‖ quel triomphe des armes.Guetté par l'avenir‖ que recouvre la nuit,Quelle allégresse humaine,‖ au revers fait de larmes,Pourrait valoir le calme‖ où l'espérance luit ;

La règle où l'on se fait‖ bercer par l'habitude,Où le désir s'éteint‖ au fond du cœur dompté ;L'essor qui vous conduit,‖ hors de l'incertitude.Par une extase d'art,‖ vers un but de clarté !

Et renonçant à la‖ chimère aventureuse.Arrachant son orgueil‖ jusqu'au dernier lambeau.Il demeura dans la‖ splendeur de la chartreuse.Pour y suivre son rêve‖ et creuser son tombeau.

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (64 de 12, 12 de 8)· profil 8, 6−6

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76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation archive.org· Sources