Au pays de la mort et de la beauté, 1895· Golfe de Naples
I. Soir de Fête
C'ÉTAIT la grande ballerineDu théâtre de San Carlo.Les diamants sur sa poitrineRuisselaient sans fin, comme l'eau.
Elle avait la beauté parfaite,Flamme des yeux, marbre des chairs ;Tout son corps était une fêteDe floraison sous les cieux clairs.
Sur le golfe limpide,‖ en barque pavoisée,Elle voguait avec sa courDe seigneurs élégants‖ qui, la tête grisée,Buvaient l'ivresse au jour le jour.
Et son rire éclatait‖ sur la fraîcheur de l'onde,Insoucieux et spontané,Sans songer qu'il pût être‖ une douleur au monde,Dans cet horizon fortuné !
Le Vésuve fumait à peine.Derrière Ischia, le soleil.Dans son immensité sereine,Plongeait à l'horizon vermeil.
Et tout n'était que joie et charme.Douceur de vivre sans penser,Plaisir où l'ombre d'une larmeN'avait jamais pu se glisser.
Et l'un des mariniers‖ qui manœuvraient la voileAu triangle couleur de feu,Pâle éphèbe au profil‖ antique, aux yeux d'étoile,Rêvait, penché sur le flot bleu
Pour y voir reflétés‖ les traits de la sirèneDont il s'était laissé charmer.Et qui resplendissait‖ dans la paix souveraine,Ignorant qu'on souffrît d'aimer.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 8 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a ballerine / poitrine féminine, classiqueb Carlo / l'eau masculine, classiquea parfaite / fête féminine, classiqueb chairs / clairs masculine, classiquea pavoisée / grisée féminine, classiqueb cour / jour masculine, classiquea l'onde / monde féminine, classiqueb spontané / fortuné masculine, classiquea peine / sereine féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea charme / larme féminine, classiqueb penser / glisser masculine, classiquea voile / d'étoile féminine, classiqueb feu / bleu masculine, classiquea sirène / souveraine féminine, classiqueb charmer / d'aimer masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation archive.org· Sources